Théâtre
Un cabinet de curiosité initiatique à la Maison de la Poésie

Un cabinet de curiosité initiatique à la Maison de la Poésie

03 avril 2022 | PAR Annabelle Ambler

James BORNICHE propose un seul en scène d’une délicatesse redoutable à la Maison de la Poésie le 4 avril : « J’ai cherché ton écoute dans les profondeurs de la nuit ». Cette création étonnante, sorte de conférence poético-scientifique musicale interroge avec humilité et légèreté notre rapport à l’Univers et au vivant.

Par Annabelle AMBLER

« De ma découverte de Rilke avec les Lettres à un jeune poète jusqu’au Trésor des humbles de Maeterlinck en passant par Les chants de Maldoror de Lautréamont, je me suis rendu compte que ce qui liait tous ces textes, c’était leur dimension métaphysique, leur rapport souvent vertigineux à l’existence, questionnant sans cesse le sens de notre présence ici ainsi que notre lien ancestral aux éléments et aux autres êtres humains.

Tant de questions face auxquelles nous sommes souvent tous aussi humbles et silencieux. Face à ces questions, tout ou presque devient alors futilité et insignifiance, nous rappelant que nous venons tous de la même poussière d’étoiles et que par conséquent nous sommes tous inévitablement liés, de près ou de loin.»

Nous sommes sortis tellement étonnés de « J’ai cherché ton écoute dans les profondeurs de la nuit », que nous y sommes retournés une seconde fois, pour vérifier qu’on n’avait pas rêvé. Cette délicate émotion ressentie était-elle le fait d’une surprise ? A priori non, la sensation revient la seconde fois.

La forme intrigue à juste titre : James Borniche nous invite dans l’intimité de sa chambre, un simple bureau, quelques livres, un synthétiseur. Tranquillement assis à son bureau, il nous emmène dans un rêve éveillé, une drôle de rencontre d’âme à âme, entre le public et lui, les auteurs et nous, en passant par une virée dans les étoiles. C’est un voyage chamanique que propose avec une sincérité et une simplicité désarmantes James BORNICHE, qui pourtant ne joue pas au gourou.

Des l’entrée dans la petite salle voûtée de la maison de la poésie, notre regard, comme celui de tous les spectateurs, croise le sien, un peu trop longtemps pour être anodin, mais pas assez pour être complètement mal à l’aise. Il nous regarde, vraiment.

On se dit que l’artiste est présent, qu’il a dû être marqué par Marina Abramovic et qu’il a raison, c’est quelque chose de croiser un regard.

Il commence son spectacle en nous invitant à nous demander si on est certain.e.s de ne pas avoir quelque chose de plus important à faire dans l’heure qui suit que d’être là, ensemble. Il nous suggère de quitter la salle si on pense devoir être ailleurs… Sans vouloir spoiler, ça vaut le coup de rester !

Tout au long de cette heure, on se retrouve étourdi.e.s et entraîné.e.s par la pureté de la proposition de James Borniche; des textes qui l’ont touché, de Rilke à Maeterlinck, des jeux sur l’essence de la musique, des chants, des battements de nos cœurs qui font de nous des danseurs, qu’on le veuille ou non. Il nous emmène dans son monde, qui nous rapproche des profondeurs du nôtre.

Il y a notamment une lecture magnifique sur le silence. On apprend alors, avec Maeterlinck, que les plus aventureux d’entre nous ne se taisent pas avec n’importe qui, on comprend d’un seul coup la notion d’années lumières, et on se souvient que notre cœur bat. En sortant du spectacle, on court acheter les textes qu’il évoque à la jolie nouvelle librairie en face de la Maison de la Poésie, en réalisant qu’on n’est pas les seuls déjà contaminés : Maeterlinck, Rilke et Lamartine sont déjà dans d’autres bras.

Les spectateurs trouvent tous une raison de prolonger le moment, un verre à la main. On se retrouve dans cette ruelle Saint Martin, se souriant les uns les autres, en se souvenant qu’on est vivants et humains, et que ça va passer.

Une méditation guidée ? Un One Man show ? Un memento mori ? Une jolie surprise en tous cas , ce « J’ai cherché ton écoute dans les profondeurs de la nuit » de James Borniche, dont l’effet continue après le spectacle.

photos :© Frederic Pickering

Texte : James Borniche, Hubert Reeves, Lamartine, Maurice Maeterlinck, Rainer Maria Rilke, Alain Souchon, Lautréamont, Ivan Viripaev et Patrick Watson

Création lumière : Julien Ullmann

Production : CNSAD / La Rookerie / Collectif La Cantine

Lundi 4 avril 2022// 20h

Maison de la Poésie

Passage Moli?re

157, rue Saint-Martin – 75003 Paris

M ° Rambuteau – RER Les Halles

maisondelapoesie.com

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