Théâtre
Festival WET sixième édition

Festival WET sixième édition

02 avril 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Organisé autour du Centre Dramatique National de Tours et de son directeur Jacques Vincey, le Festival Week-End Tours, connu sous l’acronyme Wet°, continue d’être un tremplin très festif pour la jeune création. Pour sa sixième édition, l’innovation  fut au rendez vous avec quelques très belles surprises.

Pour faire face à la situation exceptionnelle, deux éditions du WET° ont été planifiées cette saison. En septembre 21, le WET° 5 a permis aux compagnies qui avaient subi reports et annulations de retrouver les plateaux et le public. En mars, le WET°6 retrouve sa périodicité habituelle.  

Une édition bouillonnante

D’édition en édition le WET° est devenu un rendez-vous important de la jeune création française et internationale. Il constitue un lieu de rencontres entre les spectateurs, les artistes, et les professionnels. Son programme est imaginé collectivement en complicité avec la direction du Centre dramatique national par Alexandra Blajovici, Marie Depoorter, Cécile Feuillet, Romain Gy et Nans Mérieux membres du Jeune Théâtre en Région Centre (JTRC).  Ainsi, ce festival de jeunes créations porté par de jeunes créateurs  apparait dynamique, audacieux, inédit, joyeux et brillant. 

Les équipes accueillies sont pour la plupart au début de leurs parcours. Pour la plupart, le WET° représente une première grande exposition aux publics et aux professionnels. Certaines pièces encore toutes chaudes mériteraient une deuxième cuisson cependant que les talents sont surs, que la promesse est forte et que le public applaudit chaque spectacle chaudement, gage d’une belle construction. Nous avons applaudit trois pièces formidables. 

It don’t Worry Me

Astrebandes, une compagnie fondée en 2011 à Barcelone explore de nouvelles façons d’aborder la performance contemporaine. Bertrad Lesca et Nasi Vutsas aiment à aborder les questions politiques ou sociales complexes sous une forme accessible et immédiate. Avec It don’t worry me, ils inventent une délicieuse bizarrerie : la pièce se construit au fil d’un récitatif nous parvenant des coulisses sous la forme d’une conversation de deux voix off, deus ex machina. Les deux commentateurs racontent une pièce qui n’a pas vraiment lieu ; ils devront descendre sur scène, micro en main, pour continuer à commenter tout en interprétant des scènes de sorte que enfin une pièce advienne. Pendant ce temps, deux  spectateurs  habillés dans le style du film Nashville de 1975 de Robert Altman et qui étaient venus assister à un autre spectacle auront des aveux à faire. La pièce est surprenante et épatante de drôlerie. Est  interrogée par l’humour la tension entre la création et le politiquement correct. Et puisque le tiers essentiel de cette exploration dialectique reste le public, la pièce-performance nous saisit dans une délicieuse complicité entre joie et malaise.

Variation(Copies!)

Ça s’inspire de Copi, de la Bible, de science-fiction et de télénovelas, ça parle de pouvoir, de haine, d’angoisse et d’espérance ;  c’est une comédie foutraque, enlevée, rythmée et réjouissante. Lors d’une après-midi semblable à mille autres,  Magde et Ludmilla vont boire des livres et lire du thé en attendant l’arrivée de la tante Agatha – elle ne devrait d’ailleurs plus tarder. Mais, à la faveur d’une révélation stupéfiante, les illusions vont tomber les unes après les autres, le réel va le disputer à son double et l’harmonie va céder sa place au chaos Vaudeville apocalyptique mâtiné de série Z, Variation (copies !) est un duo écrit pour deux actrices éblouissantes. Blanche Adilon-Lonardoni et Jeanne Bonenfant impressionnent; elles sont inoubliables. 

37 Heures

C’est l’histoire vraie d’une adolescente dans les années 2000 dont la vie bascule à 16 ans lorsqu’elle rencontre Christian, son moniteur d’auto-école, un homme plus vieux, le premier homme de sa vie, un proclamé par elle prince charmant qui la violera pendant des années et la séquestrera. 37 heures ne souhaite pas constituer un énième témoignage. La force du texte résidé dans autre chose qui est une intelligente élaboration venue avec le temps et une authentique et impudique analyse du piège de la manipulation.  Aliénée a ses naïfs rêves de conte de fées, la jeune femme rencontrera le monstre et verra son adolescence interrompue, sa féminité avortée alors qu’en pleine construction. Le  spectacle merveilleusement bien interprété est précieux car il dépasse les conclusions convenues et donne à voie la réalité, tout simplement.

Festival WET°
25 mars 2022 – 27 mars 2022

Au Théâtre Olympia de Tours, à l’Escale, à Thélème, au Petit Faucheux, à La Pléiade, au CCNT

Crédit photo ©Gabriela Cais Burdmann, Marie Pétry, Alessia Bombaci

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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