Théâtre

Le traitement, dans la noire skyline de Rémy Barché

Le traitement, dans la noire skyline de Rémy Barché

14 février 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 23 février, le Théâtre des Abbesses ( Théâtre de la Ville) accueille Le Traitement de Martin Crimp après sa création il y a quelques jours à la Comédie de Reims, dans la mise en scène ultra léchée de Rémy Barché. Beau.

Quand on entre dans la salle, on voit, seule en scène Suzanne Aubert, juchée sur un tabouret démesurément haut, vêtue d’une robe bustier beige-doré. Elle va dans une scénographie de black box pensée par Salma Bordes raconter une histoire de domination, tout aussi sombre que son environnement.  La seule lumière n’est pas au bout du tunnel. Elle est néon et encadre un écran dans lequel apparaît un visage. Elle récite Messager de l’amour, un texte alors inédit de Martin Crimp.  Un fouet, une assignation  à résidence, la sensation de voir un oiseau en cage. La performance de Suzanne Aubert est comme à son habitude, parfaite. Son seule en scène laisse place, en un changement de décor astucieux à une pièce, Le traitement, qui nous bascule dans le New York de 1992, à l’heure où les premiers sushis font leur apparition, tout comme la real tv. Andrew ( Pierre Baux) et Jennifer (Catherine Mouchet)  font passer le casting à Anne (Victoire Du Bois). Ils veulent son histoire, sa vraie vie, réelle pour la fictionner. Et elle marche au point de feindre l’ignorance quand elle croise Simon, son mari ( campé par le très juste Baptiste Amann.)

Mais il y a reflet, comme une ombre. Le sol est en miroir et les double-jeux se font et se défont. Et si tout était faux ? Aussi faux que l’idée qu’un taxi aveugle (Emil Abossolo-Mbo) puisse conduire à New-York. Et que Suzanne Aubert puisse à ce point être impeccable dans six personnages aux antipodes ( mention coup de coeur pour « La serveuse »).

La mise en scène extrêmement cinématographique de Rémy Barché  associée à la lumière ultra léchée de Florent Jacob font tout. Il y a bien sûr le jeu très calibré de ces comédiens tous rompus à l’exercice, mais cela, c’est classique, tout comme l’histoire qui nous entraîne dans l’agonie d’Anne, qui sombre dans un étrange Syndrome de Stockholm. La scénographie les transcende dans une alliance ancien/moderne qui fonctionne.  La scène est étroite, posée sur le plateau. Elle est manipulée à vue par les techniciens, ici très sollicités pour notre plus grand plaisir.  Ce geste archaïque du théâtre est mis en face à face avec un jeu de vidéos qui offrent des vues mouvantes sur New-York couplées avec un travail de son utra précis ( Antoine Reibre).

Ce sont ces duos entre le passé et le présent qui résonnent avec le sujet de la pièce. Nous sommes donc face à un ensemble très cohérent où la musique vient servir de virgule entre chaque changement de plateau. On entent une playlist à piquer sur big apple.  « New York, I Love You But You’re Bringing Me Down » de  LCD Sound System, ou « Sing Sing » de Benny Goodman, par exemple…

Alors oui, trois heures trente c’est long et la pièce s’épuise en fin de première partie. Mais la reprise tout en Madison de la seconde sert de magistrale excuse.

Le traitement est une pièce bien menée, qui tient autant sur un jeu d’acteur impeccable que sur une scénographie superbe. La preuve que la vidéo peut encore être un outil dramaturgique bien loin du gadget.

Ah oui, on oubliait de vous dire. Vous apprendrez que « Le traitement » se dit dans le jargon du cinéma pour désigner une étape particulière dans l’élaboration d’un scénario. On a dit… ne croyez pas tout ce que vous voyez !

Crédits : Gg, Marthe Lemelle (photo de répétitions)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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