Théâtre

[Critique] Un « Mariage de Figaro » orgasmique à la Comédie de Reims

[Critique] Un « Mariage de Figaro » orgasmique à la Comédie de Reims

28 mars 2015 | PAR Matthias Turcaud

La mise en scène par Rémy Barché du Mariage de Figaro de Beaumarchais à la Comédie de Reims est un exemple parfait de la manière dont on peut électriser un texte dit classique tout en restant totalement fidèle à son propos. Magistral, le spectacle nous a comblés de bout en bout.

[rating=5]

Ne mâchons pas nos mots, la version du Mariage de Figaro que proposent en ce moment Rémy Barché et sa troupe à la Comédie de Reims est un enchantement pur. Alerte, drôle, d’une vivacité extrême et rythmée par une bande son détonante qui va de Mozart aux Beatles en passant par Beyoncé, elle nous a follement enthousiasmés tout en ne s’éloignant pas d’un iota du texte originel de Beaumarchais qu’elle restitue à la virgule près.

Tous les enjeux de la pièce s’y retrouvent : le lien indéfectible entre pouvoir et séduction, l’amertume corrélative au constat de la domination des maîtres sur les domestiques, la légèreté et la désinvolture comme baumes plus ou moins fiables, et la nécessité aussi de vivre à cent à l’heure pour se masquer – au moins un peu – les vérités qui nous font trop de mal. A part le choix de passer la radio de manière apparemment un peu arbitraire et dont on ne perçoit pas la visée exceptée l’inévitable actualisation à laquelle elle conduit, les partis pris de mise en scène adoptés nous ont tous amplement ravis : l’apparentement du décor à une bonbonnière géante, la ridiculisation totale du procès, l’aspect très aérien du tout avec notamment un Chérubin qui voltige littéralement, etc.

Les comédiens, d’une énergie impressionnante, s’y donnent à coeur joie – au premier rang desquels l’étonnante Suzanne Aubert dans le double rôle de Chérubin et de Double Main, l’affriolante Myrtille Bordier en Suzanne, Tom Politano en Figaro très décontracté, et Samuel Réhault, hilarant en Bazile comme en Brid’Oison ; mais un tel entrain, une telle ostentation de bonne humeur semblent, à s’y pencher, un peu suspectes. Elles cachent un danger, et Alexandre Pallu, Comte Almaviva extrêmement inquiétant, nous le rappelle sans cesse. Comme le dit Rémy Barché dans sa note d’intention, reprenant une citation de Jean Renoir à propos de son film La Règle du Jeu, il s’agit de montrer  « des personnages qui dansent sur un volcan ». Ils savent que le monde dans lequel ils vivent est corrompu et vicié, mais préfèrent tout de même pousser la chansonnette – et une dernière secousse agite les personnages comme sur un dance floor endiablé avant le noir final. On pourrait en prendre de la graine !

Parvenir à délivrer avec autant d’évidence le contenu essentiel d’une pièce datant de 1778, cela nous semble tenir ni plus ni moins d’un petit miracle et, le soir du jeudi 26 mars, le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, s’adonnant à une généreuse standing ovation prolongée, tandis que des ballons volaient, que de la musique festive résonnait encore et que les comédiens acclamés se muaient soudain en stars de rock adulées. A ne surtout pas manquer lors de la très longue tournée qu’on souhaite à cette ébouriffante création d’avoir et qu’elle mérite.

Crédit photos : Elisabeth Caracchio.

Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée de Beaumarchais, mis en scène par Rémy Barché. Du jeudi 19 au samedi 28 mars à la Comédie de Reims, 3 chaussée Bocquaine – 51100 Reims – téléphone : 03 26 48 49 00. Le 31 mars au Salmanazar-Epernay. Les 8 et 9 avril au Théâtre Municipal de Charleville-Mézières.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc.Contact : [email protected]

2 thoughts on “[Critique] Un « Mariage de Figaro » orgasmique à la Comédie de Reims”

Commentaire(s)

  • Philippe Chevalet

    C’est Myrtille Bordier qui joue Suzanne…. Marion Barché est la comtesse

    avril 1, 2015 at 8 h 59 min
  • Matthias Turcaud
    Matthias Turcaud

    Effectivement. C’est corrigé, merci.

    avril 1, 2015 at 12 h 51 min

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