Théâtre
Sylvain Maurice nous parle de Penthésilée au Théâtre Sartrouville Yvelines CDN

Sylvain Maurice nous parle de Penthésilée au Théâtre Sartrouville Yvelines CDN

17 février 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Du 4 au 27 mars, au Théâtre Sartrouville Yvelines CDN, Sylvain Maurice mettra en scène le texte de Heinrich Von Kleist. Il a accepté de répondre à nos questions autour de cette création dirigée musicalement par Dayan Korolic.

En mettant une seule comédienne, Agnès Sourdillon, au centre du spectacle, et en associant sa manière de jouer à quatre chanteuses et deux musiciens, est-ce en fin de compte la langue de Kleist que vous allez mettre au centre ?

Pas seulement. Bien entendu, c’est une langue superbe, étonnante, unique. Mais j’ai surtout cherché à faire le portrait d’une femme, Penthésilée, qui est une figure exceptionnelle, et à bien des égards « disruptive » : elle cherche à toutes forces à être libre, notamment en ne dépendant d’aucun homme. C’est une pionnière ! Et ce portrait est également celui d’une actrice, Agnès Sourdillon, que j’admire beaucoup. Le personnage et l’actrice dialoguent ensemble, mêlent leurs voix en quelque sorte, dans un échange que les chanteuses prolongent et fortifient grâce à la musique.

 Coté mise en scène, allez-vous puiser certains éléments dans la manière antique de faire du théâtre, ou dans quelque chose de contemporain ?

Résolument contemporain. C’est un projet qui s’inscrit dans les enjeux du théâtre d’aujourd’hui notamment grâce à la vidéo. Il puise son inspiration au sein des « musiques actuelles » (avec pour influence le R’nB et la présence notamment de deux beat-boxeur.e.s). Il n’y aucune référence stylistique à l’antique ou même au classicisme. J’ai cherché à raconter, dans une esthétique contemporaine, l’histoire d’une femme admirable, prise au jeu terrible de ses contradictions.

Trouvez-vous que Penthésilée est une héroïne féminine trop peu reconnue, aujourd’hui ?

Oui. C’est un personnage actuel, dont le destin fait résonner quantités de questions d’aujourd’hui – l’émancipation des femmes, la procréation – sans qu’on force le sens. C’est une grande pièce de théâtre à découvrir ou re-découvrir avec urgence et passion. C’est une pièce à l’égal des plus grandes. Elle peut rivaliser avec Shakespeare, Molière ou Racine.

Dans l’histoire de Penthésilée, et de son « groupe » qui « se retrouve[…] enfermé au sein de ses propres valeurs », voyez-vous un peu d’espoir, ou un tragique inéluctable ?

De l’espoir. La question que pose la pièce est celle de la liberté. Comment rester fidèle à son passé (affectif, culturel, politique) sans qu’il nous enferme ? Est-ce qu’on construit sa vie en obéissant aux valeurs qu’on nous a inculquées ou en rompant avec ces mêmes valeurs ? Penthésilée essaye de se conformer au destin qui lui est confié – protéger son peuple de la « domination masculine » – mais c’est un projet qui l’entrave, comme un fardeau trop lourd à porter.

En ce début 2020, quels sont les défis qui se posent quant à la direction des CDN ?

Ils sont aussi nombreux que ceux qui se posent à l’ensemble du spectacle vivant : une créativité foisonnante et exceptionnelle, que bien des pays nous envient, mais qui se paupérise. L’indispensable montée en puissance des collectivités territoriales ne doit pas empêcher le Ministère de la Culture d’être notre boussole commune, qui indique les grandes orientations. Une politique digne de ce nom ne peut se résumer aux nominations – aussi pertinentes soient-elles – à la tête des institutions. J’ai en particulier l’espoir d’une politique ambitieuse pour tous les artistes en compagnies indépendantes, qui sont le vivier du théâtre dans notre pays. Il y a de moins en moins d’argent en production. Et quand il y a de l’argent, il se concentre sur des supposées valeurs sûres. Cette paupérisation et cette concentration vont devenir à court terme un vrai problème pour tous.

 

Visuels : ©Elisabeth Carecchio

 

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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