Théâtre
Surexpositions (Patrick Dewaere) un biopic tel un voyage dans le temps

Surexpositions (Patrick Dewaere) un biopic tel un voyage dans le temps

01 mars 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

En cette période difficile, les troupes répètent, travaillent, continuent à s’enthousiasmer et à enthousiasmer un public restreint de journalistes dans l’attente de représentations. Nous avons, avec ravissement découvert une pièce soutenue par l’équipe artistique du Théâtre des  Célestins de Lyon  “Surexpositions (Patrick Dewaere)”.

Une saga des années 60.

La pièce Surexpositions (Patrick Dewaere) se veut la saga tragicomique d’un acteur sur le fil, jalonnée de clins d’œil innocents et coupables à sa filmographie et à sa vie, depuis l’évocation poignante de sa naissance par sa mère jusqu’à son suicide. Quels que soient les tableaux, Dewaere est toujours là ; la pièce sonde son parcours artistique, ses choix audacieux, ses coups de gueule envers les journalistes, son esprit Café de la Gare… sa fureur de vivre à la française, son jeu à l’excès tantôt fantasque, inquiétant, tantôt vulnérable ou violent qui provoque l’adhésion puis l’antipathie. Le projet n’était pas de constituer une nouvelle œuvre biographique sur la vie de Dewaere. Il n’est pas la mise à plat et en théâtre d’une fiche Wikipédia mais la vision épique de l’Homme à la frontière de sa rupture avec lui-même.

Né en 1947 dans une famille d’artistes, l’homme qui se suicide en 1982 d’une balle de carabine tirée dans la bouche est un être solaire, un comédien incandescent. Il imprimera dans la conscience collective le souvenir de personnages inoubliables qui heurteront la bienséance et la bien-pensance.  Toutefois, Patrick Dewaere n’a jamais défendu un manifeste politique :il ne revendique rien, il est .Il marque une époque, signale une bascule, fait étape dans l’histoire de la société. Crypto-fils du Gabin de “Gueule d’amour”, le complice du lascar Gérard Depardieu dessine en creux une alternative qui fera société. Il se débat entre une virilité ridicule, puisque caricaturale, et une nouvelle masculinité. Nous sommes en 68 et bientôt viendra l’invasion des discours sur la part féminine des hommes et sur le rééquilibrage des sexes. Patrick Dewaere réside là. Une terreur saisissait alors les hommes dépossédés de leur privilège anatomique. Le phallus perdait de sa superbe et Patrick Dewaere, homme d’avance blessé et abusé, l’incarnait.

Patrick Dewaere témoin de son époque.

L’histoire écrite par Marion Aubert est celle de cet homme paradigmatique de son époque. Elle nous raconte le personnage historique mais aussi l’acteur tel qu’en lui-même c’est-à dire complet, intriquant sa vie intime avec celle du grand écran, alimentant sa névrose de celle de ses personnages, organisant la fusion entre ses rôles et sa vie avec, au point d’intégration, une authenticité rare, étrange mais efficace. Patrick Dewaere est inquiétant, vulnérable violent, mystérieux à la vie comme à l’écran. Il nous captive aujourd’hui encore.  Julien Rocha construit une pièce façon théâtre de foire : les décors sont “chariottés”  devant nous ; les costumes pendus  sur des stoyaks  sont changés sur le plateau et les adresses au public sont fréquentes. L’ambiance de l’époque est magnifiquement restituée. Au sein de ce voyage dans le temps, Patrick Dewaere est inoubliable et bouleversant ; nous retrouvons son anticonformisme, questionnons avec lui les représentations de la masculinité et le rapport homme/femme. Chemin faisant, nous revisitons avec bonheur quelques scènes indémodables de ses plus grands films. Par ce travail de nostalgie contributive, l’acteur reprend sa place dans nos cœurs, nos imaginaires et notre patrimoine .

Une grande qualité esthétique

La pièce  fait se succéder les tableaux dans une superposition qui soutient la nature onirique et fantastique de ce voyage dans le temps, tandis qu’un esthétisme de l’excès aiguise nos curiosités. L’expérience du spectateur est merveilleuse ; la tension, servie par le rythme, remplit nos sens. Elle est complétée, servie et aidée par l’interprétation des  comédiens, tous impliqués, tous formidables, en particulier Johanna Nizard qui nous émeut dans l’incarnation de la mère de Dewaere et qui nous offre la visite inattendue et au souvenir impérissable de Jeanne Moreau.

Nous avons rendez-vous avec Patrick Dewaere et son temps. Ne ratez pas cette rencontre.

 

 

Texte Marion Aubert

Mise en scène Julien Rocha

Avec Margaux Desailly, Fabrice Gaillard,

Johanna Nizard et Cédric Veschambre

Dramaturgie Emilie Beauvais, Julien Rocha

 

visuel Affiche.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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