Théâtre

Les souvenirs lusophones parlent et chantent en ouverture de Chantiers d’Europe

Les souvenirs lusophones parlent et chantent en ouverture de Chantiers d’Europe

15 mai 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville invite cette année l’Espagne, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne et le Portugal pour questionner les douleurs actuelles. Des blessures coloniales au fado, l’ex Empire a fait entendre sa voix.

Tout commence à l’invitation de la compagnie Hotel Europa pour Portugal não é um país pequeno. On est quelque part dans une maison où l’on voit de la pelouse d’un côté, et de l’autre une allégorie de salon : des livres entassés, une télévision, une table de cuisson, une poêle, une chaise, une guitare. André Amalio commence à nous raconter : « Il y a moyen de se souvenir ». Mais de quoi ? En duo avec le musicien Pedro Salvador, l’histoire coloniale du Portugal est transmise de façon documentaire. Le spectacle se met en route doucement, Amalio raconte le processus pas si simple de ce projet. Il a enregistré des témoignages, rassemblant un corpus de 30 heures de paroles. Il a fait parler ceux qui ont quitté les colonies entre 1961 et 1974 au moment des guerres d’indépendance.

Pour transmettre ces récits, il devient le porteur d’histoires. Muni d’un casque, il retranscrit à l’oral ce qu’il entend. Très vite, les contes réels nous attrapent. Cette femme mariée à un homme, elle en Angola, lui en Métropole, par le biais de photos interposées. Ils se rencontreront « en vrai » après leur union virtuelle. Fou…

L’accueil glacé fait à ces « retornados » qui n’avait jamais vu ni Lisbonne ni Porto est sans appel. Pendant 500 ans, l’Empire a occupé l’Angola, la Mozambique et la Guinée Bissau et Cap-Vert. Et pendant 48 ans, la dictature a été le régime politique, notamment incarné par Salazar. Ces exilés étaient vus comme des traites.

On sourit étonnamment et souvent ici, on danse le merengue (tout le monde), on boit presque le café au lait et on se souvient devant les photos en noir et blanc qui rappellent tous les exils. Nous sommes stupéfaits devant des anecdotes grotesques. On apprend qu’en 1989, le Portugal a osé présenter une chanson coloniale à l’Eurovision. « Conquistador » a fini dernier.

On sort de là le cœur et la tête pleins de souvenirs au sujet d’une histoire qui nous était inconnue. Ni dogmatique, ni pédagogique. Portugal não é um país pequeno est du théâtre, entendez une fiction mais aux faits ayant existé de façon individuelles.

La soirée se prolonge avec un concert de la star du Fado, Camané qui invitait Agnès Jaoui hier soir à chanter deux chansons. Il a le look et la démarche des chanteurs des années 50 et n’a pourtant que 50 ans. Veste fermée sur chemise blanche, micro porté très prés du torse bombé. Nous sommes au Portugal, totalement. D’ailleurs, rares seront les mots dits en français et les explications en VO des titres joués ne nous guideront pas plus.

Alors il faut se laisser faire, mi-amusés d’être là avec la sensation de s’être trompés de fête de famille, mi-émus par les larmes du Fado, ici portées de façon vive par les trois musiciens virtuoses : Andre Dias à la guitare portugaise, Paulo Paz à la contrebasse et Carlos Manuel Proença à la guitare classique. Il déroule des grands textes de la culture Fado, rassemblés dans son album Camané Canta Marceneiro. Agnès Jaoui est très proche de cette culture qu’elle chante dans Canta et Dans mon pays. Un moment très « lost in translation » qui donne très envie de se plonger dans un manuel de portugais.

Visuel : ©André Amálio / Hotel Europa

Tout le programme du festival est ici

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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