Théâtre
Romeo et Juliette à la Courneuve… (À Chaillot)

Romeo et Juliette à la Courneuve… (À Chaillot)

25 novembre 2012 | PAR Ruben Moutot

Informations Pratiques

David Bobee adapte le grand classique de Shakespeare dans un environnement moderne et sur fond de danse de rue. Si l’intention pouvait paraître pertinente, le résultat aboutit à une caricature de la banlieue, à mille lieues de la vaste réflexion qu’offrait le texte original.

Renouveler un classique n’est pas chose aisée. Surtout lorsque l’auteur s’appelle William Shakespeare et que la pièce en question est sa plus fameuse création. Revoir la traduction, proposer une version dansante et moderne était un projet pour le moins ambitieux. Cela voulait dire s’exposer à une comparaison avec une œuvre d’un rayonnement éternel. Roméo et Juliette, c’est l’histoire de deux familles ennemies à Vérone. Mais plus particulièrement celles de deux jeunes, le fils Montaigu (Roméo) et la fille Capulet (Juliette), que tout oppose mais que l’amour rassemble. En dépit des haines et malgré leurs naissances, ils décident de s’aimer. Malheureusement, ils ne parviendront à la paix et à la réconciliation de leurs ainés que dans la mort. Référence de la tragédie, la pièce est surtout une réflexion sur le déterminisme, les limites de l’amour, et la puissance attractive de la mort.

Réactualiser le contexte est l’occasion de prolonger l’esprit d’une œuvre et de renforcer son impact sur les contemporains. Seulement, ici, il n’en reste plus grand chose. Les pistolets ont remplacé les dagues, les t-shirts col V ont remplacé les pourpoints et cela ne nous dérangerait pas si la fadeur n’avait pas remplacé le talent. Les rixes évoquent davantage un concert de rap qui dégénère que des affrontements entre deux familles-clans. Les danses et les mouvements acrobatiques sont impressionnants mais les enchainements entre théâtre et gestuelle souvent hasardeux, le rythme patauge et les « performances » peinent à être rattachées les unes aux autres. Les acteurs n’occupent que partiellement l’espace et il n’est pas rare d’en voir deux ou trois passer à l’acte (de la danse) tandis que les autres attendent les bras ballants, en rang dans un décor minimaliste pour ne pas dire minimum. L’humour pinçant de Shakespeare a cédé sa place à quelques blagues graveleuses (sur les tétons de la nourrice ou encore sur les couilles de coqs). En balançant des « Yeah » à tout va, les acteurs baragouinent dans la langue de Shakespeare mais passent définitivement à côté de son art. Ils mangent les mots, sacrifient la ponctuation, et donnent l’impression de jouer dans une version ratée de l’Esquive. Le sujet est celui des quartiers difficiles, des mariages forcés et des bandes. Mais plutôt que de nous offrir une véritable réflexion politique (ou poétique ?) sur la banlieue, la représentation se contente d’enchainer les clichés, oscillant entre vulgarité et niaiserie.

 

Visuel (c)© Christian GANET

 

 

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Ruben Moutot

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