Théâtre
Que ta volonté soit Kin, un pont d’humanité à l’Odéon

Que ta volonté soit Kin, un pont d’humanité à l’Odéon

02 juillet 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Le Festival d’Automne à Paris et l’Odéon théâtre de l’Europe programment une pièce congolaise d’Aristide Tarnagda qui créé dans un moment attendrissant un pont d’humanité entre les deux métropoles: Kinshasa et Paris. 

Nous sommes transportés comme touristes pour une destination que nous n’aurions jamais choisie,  un pays rongé par la guerre civile et la corruption. La République démocratique du Congo, dictature  communiste, est l’un des pays les plus pauvres du monde ; une grande partie de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté et fait face à des inégalités très marquées ; ceci malgré de multiples et diverses richesses. Les violations répétées des droits de l’homme, en particulier ceux des enfants et des femmes, ont inscrit au sein des populations des blessures très profondes.

Dieu n’est ni un trou ni une montagne, mais un DJ.

Le Burkinabé Artistide Tarnagda met en scène la pièce du Congolais Sinzo Aanza avec une troupe panafricaine. Sur l’avenue de la Libération, Lily et Sophie squattent et débattent dans le bruit ambiant de la ville nocturne, entre le Seigneur et les pauvres pécheurs, au son du klaxon et au rythme des coupures d’électricité. Sophie chante les louanges de son grand amour perdu, Michel. Survient le capitaine Pilate, gendarme venu les faire déguerpir.

La poésie vient par fulgurance. Dans ces moments de grâce, on repère et remercie la plume de Aanza. Elle est pleine d’une poésie dramatique. Dans cette ville-monde de Kinshasa, transportée devant nous sous la forme d’un bout de  rue  éclairée par un lampadaire fatigué, les personnages taraudés par le chômage, le désespoir et les blessures inscrites par l’interminable guerre civile, exigent de conserver leur seul trésor : le rêve. On rêve d’amour dans un brouhaha urbain charriant les rebuts, les richesses et les mirages de la ville. Ivresse, rumba, tchatche, moustiques, misère  et Dieu dans toutes les bouches ; ainsi se dessine devant nous Kinshasa, révélée par la langue de Sinzo Aanza.  Et Jésus deviendra un disc-jockey à la musique chaloupée.

Les rêves rendent au réel un peu de prospérité.

La force de la pièce réside dans sa capacité à libérer le réel qui surgit devant nous. Les comédiens sont formidables ; chacun se prête à la création d’un réalisme exigeant d’authenticité, tout en épousant les nécessaires inflexions de la déréalisation. Ils jouent de tout leur corps. De ce rêve, propos de ce conte urbain, ils semblent imbibés. Et cette chimère commune  se conscientise sur scène avec humour et poésie. S’ouvre à nous l’occasion rare de comprendre les préceptes de l’Actor’s Studio et de son jeu réaliste où l’intention n’est pas de singer la vérité, mais d’en tirer l’essence, et donc le sens profond dans le cadre dramaturgique. Outre cette magnifique leçon de comédie, on sort heureux et joyeux de ce tourisme littéraire qui fait pont entre deux continents.

Que ta volonté soit Kin de Sinzo Aanza, mise en scène Aristide Tarnagda dans le cadre de la Saison Africa2020 avec le Festival d’Automne à Paris – durée estimée 1h30 du 30 juin au 10 juillet – Berthier 17e

Crédit Photo © Géry Barbot

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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