Théâtre
Programme-Penthésilée de Clément Pascaud, l’amour comme un combat

Programme-Penthésilée de Clément Pascaud, l’amour comme un combat

15 octobre 2019 | PAR Heilen Beyer

Clément Pascaud est un artiste compagnon du TU de Nantes. Suite à une lecture au Musée d’Arts de Nantes, il monte Programme-Penthésilée : entraînement pour la bataille finale, d’après le texte de Lina Prosa.

 

Le spectacle s’ouvre sur un long cri, comme un gémissement, porté par la comédienne Vanille Fiaux. L’ambiance est directement plantée : pas de répit pour les acteurs, ni pour le public, qui sera témoin de la violente bataille que se livrent Penthésilée et Achille. Car de bataille, il en est question, dans ce texte de l’autrice Lina Prosa. Bataille entre l’amazone et le héros de la guerre de Troie. Bataille amoureuse, où leurs mots sont leurs armes. Bataille intérieure, où l’un et l’autre souffrent de ne pas pouvoir s’aimer sans se détruire.

Penthésilée et Achille se croisent sur scène, dans cette adaptation de Clément Pascaud, mais sans jamais se parler. Deux monologues se font face. Ces deux personnages aux destins croisés portent chacun son propre récit. L’un comme l’autre semble enfermé dans sa détresse, avec ses mots, ses plaintes. Aucun geste de tendresse entre eux. Ils occupent l’espace, le temps de se livrer une bataille verbale. Le lieu n’est pas défini et aucun décor pour nous guider : la scène n’est que peu éclairée, il n’y a aucun accessoire à part des roses. Clément Pascaud ne tranche pas et nous laisse imaginer l’espace dans lequel se joue la tragédie. Champ de guerre, fête qui tourne mal, prison, asile ? Ce qui se joue sur scène est sombre, froid, minéral, presque irréel. Tout est fait pour que les personnages nous paraissent lointains : dénuement, micros, effets sonores, bruits sourds. Achille et Penthésilée (Vanille Fiaux et Hélori Philippot) nous regardent pourtant parfois. Mais ce qu’ils vivent est très intérieur. L’espace dans lequel ils évoluent, s’il en est un, est certainement mental.

Leurs corps sont habités mais à la manière des statues. Figés dans des postures fortes, le regard lointain, insaisissables. Ils sont des personnages mythologiques, des créatures, des fantômes, à la fois monstres et terriblement humains dans leur souffrance. On ne saurait dire si l’on assiste à un rêve, à un souvenir ou au spectacle de leur bataille amoureuse. On ne peut pas dire on plus que ce spectacle réconforte, au contraire. Aucun soulagement, à part peut-être lors de la scène finale. Le reste est désespoir. Ils parlent d’amour, de sensualité, de corps aimé ou torturés. Finalement, on ne sait pas s’ils parlent de l’amour ou de l’horreur. « Foie », « poumon », « sueur », « herpès », « pneumonie » : le corps n’est que douleur. Rien n’est vraiment sensuel entre eux. A part la dévoration.

De cet amour cannibale il ne ressort pas d’émotion mais une sensation glaçante. Les mots de Lina Prosa n’en restent pas moins forts. Amour, désir, violence, bataille, défaite, sang, cadavre. Les mots se lient entre eux pour nous donner un portrait déchirant de ce couple mythologique qui ne saura s’aimer que dans la mort.

On est saisis, déconcertés, désorientés -oserais-je dire médusés ?- par cet amour, livré comme une bataille. On ne repart pas indifférent, dans tous les cas. On pense à Claude Régy, aux scènes de fête de Xavier Dolan, aux peintures de Francis Bacon. Le public devient son propre interprète de ce qu’il voit sur scène, à la lumière de ce qu’il porte en lui. Pour le public aussi, le voyage est très intérieur.

 

Programme-Penthésilée : entraînement pour la bataille finale

Mise en scène : Clément Pascaud

Avec : Vanille Fiaux, Hélori Phillipot, Quentin Boudaud

Traduction : Jean-Paul Manganaro, création musicale : Jonathan Seilman, création lumière : Vincent Chrétien, Clément Pascaud, assistanat mise en scène : Quentin Boudaud, costume : Evor-artiste et Laure Mahéo

TU-Nantes

Plus d’infos : 02 53 52 23 80

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