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La Philharmonie nous emmène dans l’univers sonore du cinéma de Charlie Chaplin !

La Philharmonie nous emmène dans l’univers sonore du cinéma de Charlie Chaplin !

15 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

« Charlie Chaplin. L’homme-orchestre » est la première exposition de la saison 2019-2020 de la Philharmonie, qui propose depuis des années une programmation explorant le lien entre le cinéma et la musique. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’ont démarré les ciné-concerts, dont le premier avait été inauguré par un film de Chaplin, et avait permis la restauration de nombreuses partitions.

Les bruitages au cinéma

L’exposition a pour but de présenter l’univers sonore de Charlie Chaplin, en englobant tout le travail du son qu’il réalisa au cours de sa carrière, du bruit du moteur d’une voiture, à la musique. En effet, on parle de cinéma muet, et non de cinéma sourd, donc même sans paroles, le son avait déjà une place forte au cinéma. Lors de la conférence de presse, la commissaire associée Mathilde Thibault-Starzyk explique qu’au début du projet, ils eurent peur que le sujet soit trop étroit, or ils découvrirent que travailler sur le son permettait d’aborder le cinéma dans son ensemble, avec les thèmes du rythme du corps, ou de l’évolution technologique. Pour évoquer le son, la Philharmonie expose le violon personnel de Charlie Chaplin, mais aussi des scénarios pour les paroles, des partitions écrites par le cinéastes, ou permet l’écoute de bandes originales ! La question des bruitages a été exploré au centre du parcours, notamment par l’exposition totalement originale d’une machine à bruiter ! Ce type de machine ressemblait à une sorte de grand cube en bois sur lequel on pouvait tournées des manivelles ou appuyer sur des boutons, déclenchant ainsi des imitations de sons tels un klaxon, un moteur, ou des applaudissements. Une seule personne travaillait sur une machine pour réaliser tous les bruitages nécessaires au film. Une vidéo d’archive montrant un technicien utilisant l’objet accompagne l’expôt et donne aux visiteurs un accès à des coulisses insolites ! En ce qui concerne les bandes originales, des photographies de studios d’enregistrement donnent une idée de la manière dont sont conçues les productions musicales de ses film. D’ailleurs, Chaplin quitta la Keystone, entreprise de production cinématographique dans laquelle il fit ses débuts, en parti car elle choisissait à sa place les musiques de ses montages, or lui en désirait un contrôle plus accru. Le commissaire Sam Stourdzé note que cette maîtrise complète fait du travail de Chaplin une oeuvre totale
Le parcours, développé sous un angle chronologique, traite également du passage du muet au parlant. Cette évolution technologique fut pour Chaplin comme pour d’autres cinéastes du muet comme Eisenstein*, une étape difficile. Sans parole, le langage corporel, les costumes, la lumière ou l’expression du visage ont été davantage développés, et les cinéastes eurent peur de perdre la qualité de ces autres aspects cinématographiques pour centrer toute l’attention du film sur les dialogues. Avec Charlot, le cinéaste avait inventé son propre vocabulaire, mais ce vocabulaire s’exprimait sans mots. L’apparition de la parole mettra un terme au célèbre personnage.

* Sergueï Eisenstein : (1898-1948) réalisateur russe de la première partie du XXème siècle. Il aborda beaucoup la question des luttes sociales et des conflits de classe comme dans La Grève, en 1924, ou Le Cuirassé Potemkine en 1925. En 1928, il cosigne avec deux autres réalisateurs, Poudovkine et Alexandrov, le Manifeste du contrepoint orchestraldans lequel il s’oppose à l’arrivée du parlant, car ils pensaient qu’il allait dénaturer les codes du cinéma en donnant toute son importance à la parole, au détriment des autres éléments visuels.

La scénographie, ponctuée par des outils de médiation utile

La scénographie est organisée selon un ensemble de petites rues, où les œuvres tiennent sur des cimaises transformées en façades de maisons. Du haut d’un poste d’observation prévu dans l’accrochage, on a l’impression de survoler une petite ville. Le parcours a été pensé immersif et ouvert, offrant de réelles ouvertures dans les murs, liant ainsi les espaces ensemble. Dans une ambiance calfeutrée, l’exposition propose une balade dans laquelle on croise Charlot et Chaplin, et où on redécouvre avec plaisir son histoire et sa manière de travailler !
En terme de médiation, les outils mis à disposition des visiteurs sont très bien développés grâce à deux  dispositifs principaux. Le premier est l’analyse musicale. Dans une salle, un écran projette à gauche du cadre un extrait de film, et à droite, la référence du morceau emprunté par Chaplin pour ce passage, ainsi que la raison de ce choix. Grâce à des explications très bien amenées, le visiteur comprend pourquoi le cinéaste pu faire tel choix musical, à tel moment, et pour tel effet, découvrant comment la musique peut produire un comique de situation, de répétition, ou d’accélération du rythme. Le deuxième procédé développé par les commissaires est la comparaison. Dès les premières salles, sont projetées soit l’un en face de l’autre, soit côte à côte, des extraits vidéos reproduits sur des petits écrans, pour pouvoir visionner en même temps différents extraits et comprendre une influence, ou les différentes étapes d’un montage. Alors que le numérique entre dans les lieux culturels en essayant de trouver sa place et son utilité, les équipes de la Philharmonie ont su utiliser ces dispositifs avec efficacité ! 

Les outils de médiations mis en place fonctionnent, sont simples à utiliser et permettent de sortir de l’exposition en ayant l’agréable sensation d’avoir apprit et d’avoir compris un aspect complexe du travail de Charlie Chaplin ! De plus, la scénographie originale et tamisée immerge le spectateur dans son parcours, avec des archives et des expôts à la fois improbables et souvent rarement dévoilés au grand public ! 

 

Visuel :

–  en tête : ©Affiche « Charlie Chaplin. L’homme-orchestre », la Philharmonie de Paris, du 11 octobre 2019 au 26 janvier 2020, sous le commissariat de l’Sam Stourdzé, Mathilde Thibault-Starzyk et Kate Guyonvarch.
– Chaplin en répétition avec le Abe Lyman Orchestra, 1925 © Roy Export Co Ltd
– Essai de costume pour le numéro de music-hall à la fin des Feux de la Rampe, vers 1951-1952 © Roy Export Co Ltd
– Chaplin avec Jackie Coogan pendant le tournage du Kid, vers 1920-1921 © Roy Export Co Ltd
Chaplin posant avec le Abe Lyman Orchestra, 1925 © Roy Export Co Ltd
– Affiche pour la sortie française de Charlot au music-hall, Collection cinémathèque française © Henry Roberty, tous droits réservés

 

 

 

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