Théâtre
Point d’Orgue à l’Etrange Cargo, une définition de l’Apocalypse

Point d’Orgue à l’Etrange Cargo, une définition de l’Apocalypse

17 mars 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

«Développant des projets autour de la lumière,Yves Godin invite Denis Mariotte, Grand Magasin, Foofwa d’Imobilité et Manuel Coursin accompagné de Théo Kooijman à investir de manière singulière Point d’orgue : installation lumineuse proposée comme «machine temporelle» : compte à rebours archaïque à interprétation multiple. » Pour ces spectacles absolument éphémères, une seule date pour un seul artiste ou collectif est proposée au public. Retour sur une soirée à la beauté extrême, portée par le talent monstre de Denis Mariotte dans une proposition performative autour de l’horizon qui interroge l’apocalypse. Magistral.

Un plateau blanc, au sol une grande planche en bois, peinte en noir. Deux hommes juchés sur des échelles allument, on le devine, des centaines de bougies au chalumeau. Ils s’en vont, laissent l’espace vide d’humain, installant une relation forte  entre l’environnement dessiné par cette lumière et le public. Soudain, la planche bouge, Denis Mariotte la porte sur son dos, essaie de s’en libérer, l’escalade, en glisse. S’en suivent 45 minutes folles de lutte sans point de repère avec les éléments, la terre des cimetières, le ciel vu d’un gratte-ciel, le fond de l’océan sous une vague.

L’heure est celle du jour d’après, après les tours qui tombent, après un tsunami, après un tremblement de terre, après une centrale nucléaire qui explose. Denis Mariotte, dans un costume qui fut celui d’un homme d’affaire, combat alors que la lumière baisse peu à peu ajoutant à l’idée et à l’impression de fin du monde.

Yves Godin par cet éclairage à la bougie et néanmoins extrêmement contrôlé brouille les codes de la technique, celui qui a l’habitude de travailler avec des chorégraphes, tel Boris Charmatz offre ici un spectacle très dansé.

Pour Denis Mariotte, également compositeur, le son envahit l’espace au même titre que la lumière, quelques phrases sont lancées et des ambiances sonores ,illustrant d’une autre manière encore ce qui se déroule, accentuant l’effet de fin de civilisation et ajoutant à la beauté de la scénographie transcendée par l’effet apporté par l’éclairage à la bougie

Présenté dans le cadre du festival Étrange Cargo, ce point d’orgue n°9, « Prises, reprises » est un spectacle politique. A l’heure où les éléments semblent reprendre leur droits sur les hommes, la solitude de l’artiste face au monde qui tombe et s’effondre ne peut que raisonner avec l’immédiat temps présent.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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