Théâtre

« Perdus dans Stockholm », les stars du monop’ de Pierre Notte rêvent de changement

« Perdus dans Stockholm », les stars du monop’ de Pierre Notte rêvent de changement

13 juin 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pierre Notte a un nom de famille qui pétille, qui vous emmène directement au conte et à la musique. Celui chez qui on devine une passion pour Jacques Demy est déjà à la tête d’une production dantesque de spectacles, écrits et mis en scène. Que ce soit Moi aussi je suis Catherine Deneuve, Pour l’amour de Gérard Philippe, Deux petites dames vers le Nord, Sortir de sa mère ou La chair des tristes culs,  il fait grincer, parfois pleurer sur la misère tendre des petites gens. Ici, il détonne avec une comédie quasi musicale. Montez dans le Mobile-Home témoin et en route pour le Japon !

[rating=5]

Le conseiller et auteur associé du Théâtre du Rond Point a ses belles obsessions : la province, les stars que l’on voit à la télévision et les mères. Dans Perdues dans Stockholm tous répondent présents. Dans un décor fait de malles roulantes qui ne cessera d’être transformé surgit un jeune homme affolé qui ne perd pas son temps. Les genoux en dedans, les yeux frétillants, il se travelote rapidement en robe trois trous verte très Catherine Deneuve dans Les Parapluies  de Cherbourg. Avec précipitation il fait cuire des croissants. Il a quelque chose à cacher cela se sent. Et quel secret !  Un otage en patte d’eph et manteau en fausse fourrure. Enfin, une otage, exactement la Présidente du jury du Festival du Film Américain de Deauville croisée au Monoprix. D’ailleurs que faisait-elle au Monoprix ? Est-ce bien elle ? Bientôt aussi surgira tata yoyo, la tante de Lulu, notre travesti. Elle aussi a un besoin immédiat de faire à manger, et ce seront des crêpes à destination de Lulu et de la pseudo présidente du jury. Ce que l’on mange, ce que l’on boit est l’occasion de scènes délirante au comique efficace et disent aussi les références des « petits » : croissants, crêpes, café, suze, on est loin du Palace Normandy pourtant géographiquement si proche.

N’en disons pas vraiment plus car ici, les rebondissements sont légion Le titre ne laisse aucun doute, ce Stockholm là est celui du syndrome qui voit l’enlevé se prendre d’amitié ou d’amour pour son kidnappeur. Le résumé est donné par Silvie Laguna : »Un jeune homme qui est une femme enlève une actrice qui n’est pas celle qu’il croit et la vend au prix d’une autre »

Dans ce spectacle Pierre Notte nous entraîne sur le chemin de l’identité. Lulu veut changer de sexe, Tata Yoyo veut ouvrir une école de Geisha, la pseudo-présidente veut être vue. Le mobile-home, le Monop’, le mini-golf, L’Oréal… nous sommes dans Le cabaret du quotidien pour voler l’expression à Ludovic Lamaud. Nous sommes dans un sordide magnifié, proche des comédies musicales. Les rêves sont à portée de pédalos, encore faut-il pédaler dans le bon sens.

Le trio de comédiens (Juliette Coulon, Brice Hillairet, Silvie Laguna) excellent et entrent à merveille dans la rythmique de la syntaxe de Pierre Notte qui joue des allégories et des bons mots. On retient : » vous ne ressemblez à rien vous êtes toutes floues » ou encore « Tu me donnes ce que je demande ou je t’arrache avec ma pelle à tarte », celle- là, quand les trois grâces sortent après les saluts un papier de leur poche, lisent un texte court sur la grève des intermittents on sent qu’elle pourrait être adressée à François Rebsamen. Hier, ils ont choisi de jouer tout de même, ils ne savent pas ce qu’il en sera demain, mais en attendant, courez voir cette désespérance colorée et foutraque, ça remonte le moral en temps de crise.

Visuel : ©Photo Giovanni Cittadini Cesi

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