Théâtre
Ostermeier monte Shakespeare version franchouille à la Comédie Francaise

Ostermeier monte Shakespeare version franchouille à la Comédie Francaise

25 septembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Thomas Ostermeier propose dans la Salle Richelieu une lecture graveleuse et gauloise de la comédie de Shakespeare: La nuit des Rois. Les avis sont partagés.

Laurent Stocker déguisé en polichinelle et Christophe Montenez déguisé en Iggy pop s’approchent de deux micros blancs sur pieds et avec capotes (sic), les deux passablement saouls et un verre de champagne à la main. Dialogue :  – Santé ! – Mais pas des pieds! Suivra un florilège de blagues anti-macron sûrement piqué à des zincs ou sur des murs Facebook d’amateurs de téléréalité. Thomas Ostermeier a révisé notre pays en regardant les émissions de feu Coluche, mais n’est pas Coluche qui veut. L’esprit est amer même si les rires gras et violents d’une partie du public parviennent à recouvrir sous un voile de honte la consternation du reste de la salle.

L’intrigue est à la comédie, le biais serait légitime. Toutefois, Eric Ruf qui a tant désiré ce spectacle irait-il monté à Berlin Roméo et Juliette au sein d’une fête de la bière? Pas sûr. Il reste que Ruf a eu raison car qui ne risque rien…

L’intrigue est simple car allégorique. Le duc Orsino, Denis Podalydés est amoureux de la belle et riche comtesse Olivia Adeline d’Hermy. Cette dernière est en deuil et repousse ses avances. A la suite d »un naufrage Viola Georgia Scalliet et son frère jumeau Sébastien, Julien Frisson survivent mais échouent à deux endroits différents de la côte, chacun croyant son jumeau mort. N’étant plus sous la protection de son frère, Viola se déguise en homme et se présente à la cour d’Orsino sous le nom de Césario. Elle devient le page du duc et plaide sa cause auprès d’Olivia. Alors qu’elle est secrètement amoureuse du duc, elle éveille l’amour chez Olivia. L’arrivée de Sébastien dont l’extraordinaire ressemblance avec Césario provoque une suite de quiproquos, assure une fin heureuse  Viola épousera le duc et Olivia épousera Sébastien. 

Le message de Shakespeare  est double. L’anatomie est le destin cependant que la femme est un homme comme les autres. L’égalité des sexes est totale, la différence anatomique harmonise les appariements sans les contraindre.  De ce magnifique manifeste féministe et anti machiste moderne révolutionnaire et visionnaire, Ostermeier en construit une proposition libidineuse à l’inverse de la pensée princeps. Les hommes présentent leur gonades gonflées et fières dans des caleçons moulants tandis que les femmes portent des robes fendues à l’arrière. Même avec l’humour comme alibi, Ostermeier rumine encore la primauté pathétique du pénis.

Nous ajouterions  que la scénographie a pris le parti de griffer par son milieu la corbeille de la salle Richelieu pour expliquer que la pièce est à éviter. Sauf que la troupe de la Comédie Française sauve Shakespeare, sans malheureusement sauver Iggy Pop.  Erratiquement, nous retrouvons le texte et ces moments sont délicieux. Denis Podalydes est inoubliable dans son rôle de Duc fatigué mais amoureux. Laurent Stocker est un bonheur de spectateur par sa création du personnage de Sir Toby Haut le Coeur fin de race fêtard, ivrogne et non conformiste. Scalliet en Viola/Césario est magique, Adeline d’Hermy est une comtesse authentique calculatrice et amoureuse. Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Noam Morgensztern ou Christophe Montenez composent avec talent des personnages en transgression. Pour eux la pièce est à découvrir.

La nuit des rois ou Tout ce que vous voulez

de William shakespeare

adaptation et mise en scène Thomas Ostermeier.

Crédits Photos JeanLouis Fernandez

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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