Comédie-Française – salle Richelieu

Comédie-Française – salle Richelieu

28 mai 2013 | PAR Christophe Candoni

« Grandir pour ne pas vieillir »

Souvenez-vous. La saison dernière avait vu notre imagination s’en prendre aux violences de ce monde et, sous les feux des représentations, la Comédie-Française batailler de passion et de jeu aux fins d’en pourfendre les périls, les injustices autant que les absurdités. À ce titre, la plus belle des issues fut sans conteste la rencontre des émotions, chaque soir et en tous lieux, avec des salles pleines et un public heureux. Et ces énergies, en somme rassemblées de part et d’autre de la rampe, d’ajouter simplement du théâtre à la vie et de la vie au théâtre. Nobles desseins pour de si doux combats…

Aujourd’hui, demain, dans une séquence économique particulièrement difficile, il nous appartient peut-être plus que jamais d’y rêver toujours et, dans le « refaire » de notre art, d’y parvenir encore, Simul et Singulis. Mais se pose bien sûr la question du comment. Comment, avec un budget réduit, reconduire notre voilure naturelle et par essence déjà tendue d’une quinzaine de créations par an ? Et surtout, comment, à l’aune de cet impératif absolu, bâtir une saison nouvelle, pleine, entière et ambitieuse, sans poser sur sa programmation le pesant fardeau de la contrainte et du manque, le dénominateur commun du moins-disant et de la soustraction, le sentiment oppressant de l’étroitesse et du corseté ? Et voici que dans les limbes de cette réflexion légitime, nécessaire, s’effacent peu à peu les perspectives initialement tracées car trop coûteuses… Désormais, en effet, il nous faut tout revoir pour ne point subir et, ensemble, faire de ce choc un rebond, une chance. Alors comment ? Eh bien en laissant cette fois notre imagination s’en prendre à nous-mêmes, à notre ouverture d’esprit et à nos capacités de réponse, car « quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où nous nous trouvons, ne désespérons de rien ; c’est dans les occasions où tout est à craindre qu’il ne faut rien craindre ; c’est lorsqu’on est environné de tous les dangers qu’il n’en faut redouter aucun ; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource qu’il faut compter sur toutes (1) ». Et cette année, qu’on se le dise, la Comédie-Française aura à cœur de s’appuyer sur sa troupe, sur son répertoire, sur l’ensemble de ses métiers et ses savoir-faire.

Ainsi, face aux inquiétudes de notre époque, à la perte des repères, à la dilution des valeurs et à la quête de sens, les grands textes classiques seront privilégiés, redécouverts, afin de résonner au présent avec une part d’inconnu. De même, et sans nullement renoncer à toute sensibilité et intelligence extérieures, il reviendra d’abord aux acteurs, comme à toutes les équipes de la maison, de créer l’essentiel des spectacles proposés. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, s’y sont par le passé essayés avec bonheur et réussite. Et pour chacun l’enjeu sera double. Mettre en scène, avec toujours la même exigence et la même intensité. Mais aussi concevoir une scénographie qui réinvente et prenne à bras-le-corps le défi conjugué de l’économie et de l’artistique. Se jouer ainsi de l’apparente pénurie pour y déceler, dans le prolongement de ce qu’avait pu faire autrefois Antoine Vitez, par exemple, l’imaginaire d’autres richesses et la source d’autres harmonies. Ici, plusieurs spectacles abrités au sein d’un seul et même décor ; là, un décor uniquement composé d’éclairages et de lumières ; ici encore, l’existant revisité grâce aux stocks de costumes, d’accessoires, de tapisseries… Oui, mille possibilités nous sont offertes dans la Maison de Molière. Fort de cette conviction, notre talent sera notre envie.

En ces temps d’incertitude, faire miel de notre savoir et de nos compétences n’est pas faire acte de repli, c’est au contraire prendre ses responsabilités pour s’octroyer le droit d’être libres. Certes, ne rien changer aurait juste conduit à moins de créations, à moins de productions et de mouvements mais c’eût été aussi l’aveu d’une dépendance, d’une perte d’autonomie et, plus grave encore, le signe d’un vieillissement. Percevoir dès lors la contrainte comme une force créatrice, comme un inconfort enivrant qui nous oblige, ce n’est par conséquent ni en faire l’éloge, ni faire mine de s’en accommoder. C’est à l’inverse saisir l’opportunité vraie d’un dépassement et, malgré tout, obstinément, trouver en soi-même le courage d’étendre ses ailes, de se déployer et de grandir. Oui, de grandir pour ne pas vieillir.

Ajouter de la vie au théâtre, mais en réaffirmant ici l’importance de sa mission et de sa permanence, en faisant devant vous le pari d’une combustion réactive de ses propres énergies, la Comédie-Française ne craint pas de répondre en retour que, cette saison encore, elle n’aura de cesse d’ajouter du théâtre à la vie !

Muriel Mayette-Holtz
Administratrice générale de la Comédie-Française »

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Ville de Valence
Le Bellovidère
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.