Théâtre
« Nos amis les humains », détours caustiques et philosophiques au Palais des Glaces

« Nos amis les humains », détours caustiques et philosophiques au Palais des Glaces

28 septembre 2016 | PAR Prescillia Rodax

Prisonniers d’une « humainière », cet aquarium en verre invisible, Samantha et Raoul se lancent dans un caustique procès de l’humanité, où la finalité n’est pas tant de juger l’être-humain que d’en révéler les évidentes contradictions. Une histoire à la forme un peu convenue mais sauvée par le fond philosophique de Bernard Werber et par le talent d’acteur de Jean-Christophe Barc.

Une roue à rongeurs géante, une longue corde en guise d’abreuvoir et seulement deux êtres humains, enfermés dans une cage de verre invisible mais sonorisée : cette seconde mise en scène de la pièce Nos amis les humains, signée par Jean-Christophe Barc, pallie la faiblesse des décors scéniques par un jeu d’acteur précis qui mêle l’humour aux réflexions philosophiques.

Raoul est un scientifique, grand pragmatique un peu bougon qui s’émoustille de cette expérience irrationnelle dont il fait l’objet. Marié, divorcé, remarié puis redivorcé, il n’attend plus grand chose des relations humaines et sa seule ambition réside désormais dans l’expérience de ce « dernier épisode de l’aventure humaine ». Quant à Samantha, elle est une artiste passionnée mais profondément naïve, une dresseuse de tigre qui rêve du prince charmant et qui va redonner un peu d’espérance à cette œuvre sensiblement désabusée.

Jean-Christophe Barc incarne à merveille le rôle du « vieux » scientifique cynique, et son humour délicieusement piquant s’inscrit finalement dans la lignée de ces personnages acerbes qu’il interprète avec brio. Et si Magali Bros semble au premier abord plus superficielle dans ce rôle de femme crédule et ingénue, elle n’en est pas moins impétueuse, contrebalançant le personnage de Raoul et créant ainsi un duo antinomique et attachant.

Au-delà d’une simple mise en scène humoristique du couple moderne, où la domination du ménage est empiriquement déterminée par la possession de la télécommande de la télé, c’est finalement une philosophie plus poussée que nous propose le texte de Werber. Il s’agit au fond d’une expérience scientifique et humaine qui passe par des détours bibliques – ceux d’Adam et Êve ou de l’Arche de Noé – et qui pousse davantage le public dans ses retranchements, lui proposant sur scène un reflet savant mais virtuel de l’humanité. Sans cesse, les répliques des comédiens enracinent encore davantage la double énonciation classique de la comédie, livrant leurs réflexions au public, sans pour autant directement leur parler. Le quatrième mur est véritablement transparent mais intact, et les personnages se retrouvent face à eux-mêmes, observés par un grand œil jaune et vert de batracien. Et c’est finalement le « vous allez rire », trois fois repris par les personnages, qui condense le jeu des comédiens et masque  – sans le dissimuler complétement –, tout l’esprit critique du texte de Bernard Werber.

Nos amis les humains, écrit par Bernard Werber et mis en scène par Jean-Christophe Barc. Au Palais des Glaces du 22 septembre au 31 décembre 2016.

Visuels : © Fabienne Rappeneau

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