Théâtre
Nicolas de Staël, la fureur de peindre, au Lucernaire

Nicolas de Staël, la fureur de peindre, au Lucernaire

02 octobre 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Adaptée et mise en scène par Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco d’après la correspondance de Nicolas de Staël, la nouvelle création théâtrale du Lucernaire nous plonge dans les confidences et l’intimité d’un artiste torturé et prolifique dont l’œuvre a marqué le XXème siècle, jusqu’au 15 novembre 2020.

« Il n’y a que deux choses en art : la fulgurance de l’autorité, la fulgurance de l’hésitation. »

D’immenses toiles vierges suspendues débordent sur le plateau. Des projections vidéo des peintures de Nicolas de Staël imprègnent l’espace. Le mouvement du couteau sur la toile est palpable et l’explosion des couleurs plonge le public dans une expérience quasiment synesthésique. Une contrebasse (Hubertus Biermann) aux bruits stridents crée une atmosphère tendue, presque crispée. Des sons d’électroacoustique (Jean-Baptiste Favory) renforcent le sentiment d’étrangeté.

Allant et venant entre les toiles gigantesques, déambulant de cour à jardin, main dans la poche, Bruno Abraham-Kremer va déclamer pendant un peu plus d’une heure au public les lettres de l’artiste flamboyant.

A partir de l’échange épistolaire de 1951 à 1956 entre le peintre fécond et le poète René Char notamment, on suit les vicissitudes qui jalonnent son parcours de création, ses fulgurances artistiques mais aussi les difficultés matérielles et les questionnements intimes.

Issu d’une famille aristocratique russe exilée pendant la Révolution, Nicolas de Staël est orphelin quand il est recueilli à Bruxelles, où il suivra des cours à l’Académie Royale des Beaux-Arts. Il réalisera entre 1940 et 1955 une foisonnante création artistique, abstraite et figurative, inspirée de ses voyages, de ses rencontres, de la musique et des femmes qui ont marqué sa vie. Influencé par les plus grands Maîtres dont Picasso, Braque et Matisse, sa peinture est en constante évolution, nerveuse, acharnée, viscérale.

« Toute ma vie j’ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m’aider à vivre, me libérer de toutes les sensations, toutes les inquiétudes auxquelles je n’ai jamais trouvé d’autres issues que la peinture. »

Peintre hors norme, exalté et inclassable, son obsession picturale ne le sauvera pas de lui-même et le 16 mars 1955, à l’âge de 41 ans, il se précipitera dans le vide, du haut de son atelier.

Bruno Abraham-Kremer lui rend ici un bel hommage en faisant ressurgir sur scène toute la poésie d’une âme tourmentée.

Photos : © Pascal Gely

Nicolas de Staël
La fureur de peindre
Avec Bruno Abraham-Kremer
Au Lucernaire jusqu’au 15 novembre 2020
Théâtre Rouge
Durée : 1h15

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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