Théâtre
Nicolas Bouchaud et Judith Henry, pas de deux lumineux pour le « Projet Luciole »

Nicolas Bouchaud et Judith Henry, pas de deux lumineux pour le « Projet Luciole »

29 janvier 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Présenté à la Chapelle des Pénitents Blancs au Festival d’Avignon 2013 après une première mouture vue au Sujet à Vif en 2012, Projet Luciole et son casting de rêve fait escale à Paris, dans la Cabane du Théâtre Monfort. Casting de rêve, oui, car il est plus que plaisant d’approcher le Misanthrope Nicolas Bouchaud et La discrète Judith Henry mis en scène par le journaliste Nicolas Truong.

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Non à la déprime ! Si comme l’affirme Pasolini, la mort des lucioles correspond à la survie du fascisme, il ne faut pas arrêter ni de rêver, ni de penser. Un duo éclatant composé des brillants Nicolas Bouchaud et Judith Henry nous entraîne dans un discours philosophique et amoureux sur l’esprit critique dans un espace qui doucement est envahi par les livres d’Adorno, de Benjamin ou de Arendt qui tombent du ciel tout comme une multiplicité de petites feuilles blanches.

Des extraits de textes, des lectures, du son, tout sera employé pour nous faire entendre la pensée critique si rare aujourd’hui. Dit comme cela, l’affaire pourrait apparaître rébarbative et c’est tout le contraire qui se produit. Eux deux sont habillés d’été, léger costume et espadrilles pour lui, petite robe virevoltante et chaussures compensées nu-pieds pour elle. Ça respire la fraîcheur d’entrée. Eux deux sont ensemble, joli couple sans ombre, cela se voit sans qu’ils se touchent. Ils ne se parlent qu’au travers de citations captivantes sur la société. On retient « Depuis que je n’en ai plus je suis très inquiet de ce que font, du temps, les autres », car l’altérité, le vivre ensemble, sont au cœur de la réflexion de ce spectacle qui appuie sur l’idée que se parler sincèrement est une gageure mais pas une impossibilité, au contraire.

Le duo nous enclin à nous engager. Il faut être conscient : « La conversation suppose des expériences vécues dignes d’êtres racontées. Or on sait que s’il nous arrivait réellement quelque chose, ce serait offensant pour les autres ». Comment parler aux autres, comment se confronter à soi ?

Il s’agit de prendre le livre comme une personne, de danser avec lui, de s’allonger sur lui, de le frapper, de s’en accompagner aussi. Dans ce spectacle, la pensée est un personnage en soi et cette pensée hurle son droit à être libre, positive et légère en disant avec René Char « notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Mais être libre, cela nécessite, et ce sera l’occasion d’une « battle » mimée et truculente de concepts entre Bouchaud et Henry, de ne pas manier les mots avec désinvolture.

Projet Luciole est un beau spectacle au sens où l’on peut y trouver l’apaisement puisé dans une toile qui respire la sérénité. Il est porté par des idées de mise en scène délicieuses. Un slow qui vient calmer l’effusion de l’obsession de comprendre ou un rock endiablés viennent apporter une impertinence nécessaire à affronter nos erreurs, celle de vivre, pour reprendre Deleuze, dans un monde où l’on se gave de « paroles inutiles ».

Il est parfois urgent de ne rien dire, il faut laisser la place aux lucioles qui enfin ici ont le droit d’être sans ce Projet fou qui rallume le silence pour donner aux amoureux le temps de s’embrasser langoureusement.

Reprise : Du 4 au 22 novembre au Monfort
Les 2 et 3 mars au Théâtre Universitaires de Nantes
Les 5 et 6 mars aux Quinconces-l’Espal scène conventionnée Théâtres du Mans
Du 10 au 14 mars au TNB
Les 17 et 18 mars au Théâtre Anne de Bretagne scène conventionnée de Vannes
Les 23 et 24 avril à La Scène Musée du Louvre-Lens

Visuel : © Mathide Priolet.

Infos pratiques

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