Théâtre
Montedidio: Roman d’apprentissage, à la napolitaine

Montedidio: Roman d’apprentissage, à la napolitaine

11 février 2013 | PAR Melissa Chemam

Le petit théâtre de l’Atalante d’Alain  Alexis Barsacq propose une adaptation du roman de l’italien Erri de Luca par Lisa Wurmser avec une volonté de rendre « malgré la pauvreté, la maladie, les traces de la guerre, la légèreté qui domine ce récit, le récit d’une initiation ». Un petit moment de poésie dans un monde de brutes.

Les collines de Naples ne cessent de colorer les souvenirs d’enfance dont sont empreints les livres d’Erri de Luca, l’un des plus grands écrivains italiens contemporains. Lisa Wurmser a choisi de mettre en scène le plus napolitain de ses romans, Montedidio. A Paris, en plein hiver, passer les portes du petit Théâtre de l’Atalante, caché sur la place Charles Dullin derrière le Théâtre de l’Atelier, pour se retrouver sur les bords de la côte amalfitaine, rien que cela est un premier petit bonheur.

En quelques éléments, le décor nous propose le Naples intérieur d’Erri de Luca : une petite pièce au fond d’un immeuble où vivent l’enfant, son père et sa mère ; un atelier où le petit qui devient à 13 ans un véritable adulte apprend la menuiserie auprès des délicieux Maître Errico et Don Rafaniello, le cordonnier venu d’un pays que la guerre a fait disparaître et qui s’est perdu à Naples, seul survivant, en tentant de se rendre à Jérusalem ; et enfin le balcon qui sur le toit de l’immeuble domine le quartier de Montedidio, si dense qu’on ne trouve même pas un peu d’espace entre ses pieds pour cracher, dixit le héros de cette aventure poétique et initiatique. Au milieu de ce chaos, l’enfant va voir sa mère tomber malade, son père se ruiner dans le chagrin, comprendre la différence entre le dialecte napolitain et la langue italienne telle qu’il peut la lire dans les journaux mais qui reste inaccessible à ses propres parents, et enfin découvrir l’amour et avec l’amertume des désirs des adultes, capables de détruire la plus belle des innocences. « Jusqu’à l’année dernière, j’étais un enfant », admet le protagoniste dès le début, mais à la manière de sa voix perdue dans une mue trop longue, à la manière de son monde qui change et de sa mère qui s’efface, il lui faudra devenir adulte « d’un seul coup », comme lui prédit Rafaniello.

Cet univers de l’Italie méridionale des années 1950, peuplé d’anges juifs et de pauvres qui ont survécu aux désastres de la guerre, c’est aussi celui qui a fait d’Erri de Luca l’écrivain sensible qu’il est devenu, et l’histoire raconte donc en filigrane comment il a cru qu’il pourrait un jour prendre son propre envol et devenir un auteur. A sa manière, subtile et humble, Lisa Wurmser rend la poésie du roman à travers de petites touches et l’élan des acteurs, tout en émoi et voltigeurs, qui à la façon du boomerang que le père offre à son fils au début de la pièce, fait l’apprentissage de l’envol en sautillant de balcons en coursives entre tous ces personnages. Avec les astuces toutes simples de quelques chansons et quelques projections vidéos des souvenirs d’enfance où la famille a connu le bonheur avant d’être minée par cette maladie, et quelques personnages entre rêve et réalité – tels le propriétaire à trois jambes et le bossu aux ailles d’anges – la mise en scène fait exister sous nos yeux ce roman inclassable sans grande ambition, mais avec beaucoup de sincérité. Elle fait alterner action et récit, autour du pivot du protagoniste-narrateur, touchant Jérémie Lippmann dont le corps lance les personnages comme il se prépare à lancer le boomerang, et la voix raconte l’histoire quand celle-ci ne peut être montrée, équilibre difficile à balancer mais dont la candeur conquiert.

Pour toutes ces raisons, la salle aux quelques dizaines de places de ce petit théâtre mérite d’être remplie tous les soirs de ce mois de représentations.

 

 

 

 

 

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Melissa Chemam

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