Théâtre
Les Innocents, Moi et l’Inconnue au bord de la route départementale. Une pièce de Peter Handke à la Colline.

Les Innocents, Moi et l’Inconnue au bord de la route départementale. Une pièce de Peter Handke à la Colline.

06 mars 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Le Théâtre de la Colline, fidèle à sa désormais tradition programme dans sa grande salle une pièce fleuve sur le langage. L’esthétisme et la virtuosité de l’interprétation saisit le public et garantit son plaisir.

Tout commence dans un lieu, ressemblant à la fin du monde. Au bord d’une route départementale déserte un homme prend la parole. Il est ici chez lui, près d’un vieil abribus désaffecté. Soudain, comme dans un rêve surgissent les innocents. Le lieu se conforme à son apparence;le moment se transforme en menace. Un drame doit advenir. Alors vient l’inconnue, cette personne qui est ardemment désirée. Son apparition lente héberge un espoir, promet la paix. Dans ce non-lieu hors du temps l’homme sera confronté aux autres. Entre eux des mots choisis projetés font barrage, des signifiants souvent sans signification apparente. L’endroit par cette confrontation entre ces êtres devient source de possibles, origine de destins. Zone de la sédimentation des appropriations de l’enfance il devient reliquaire; il devient l’endroit de la rencontre et de la respiration dans l’après-coup. Viendront plus tard le drame, la mort et enfin le doute.

Par le texte opaque, obscur et à la fois beau, Peter Handke interroge la force du langage, la force de la parole contre le silence. Pour Handke la langue constitue la loi aliénante et à la fois fédératrice entre les hommes. En bordure, on retrouve une liberté par  l’apologie du silence ,de la lenteur et de la contemplation. 

La pièce semble un long rêve, la scénographie respecte ce trait onirique, elle est magnifique. Le propos désoriente et parfois nous voila perdus par le texte. L’ondulation entre le dicible (souvent faussement anodin) et l’indicible qui héberge la sérénité et la paix bouscule nos attentions.  Notre concentration cède parfois durant les deux heures trente de la pièce. Le plaisir du spectateur se source principalement dans le jeu de Gilles Privat qui soutient l’ensemble de la pièce, Dominique Valladié définitivement diva et Jean Pierre Francois Garel, qui supporte admirablement sa mission d’être le porte-parole de Peter Handke sur scène. Notons aussi la belle et émouvante présence de Laurence Cotte au sein de la troupe des innocents.   

 

Les Innocents, Moi et l’Inconnue au bord de la route départementale

texte et traduction Peter Handke

mise en scène Alain Françon

du 3 au 29 mars 2020 au Grand Théâtre

du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

relâche dimanche 8 mars

durée estimée 2h20

texte et traduction Peter Handke

mise en scène Alain Françon

avec Pierre-François Garel, Gilles Privat, Sophie Semin, Dominique Valadié

et Laurence Côte, Daniel Dupont, Yannick Gonzalez, Sophie Lacombe, Guillaume Lévêque, Hélène N’Suka, Joseph Rolandez, Sylviane Simonet

 

Crédits photos  © Jean-Louis Fernandez

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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