Théâtre
« Les armoires normandes », La Passion selon Les Chiens de Navarre

« Les armoires normandes », La Passion selon Les Chiens de Navarre

04 mars 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Chiens de Navarre sont les animaux de compagnie adoptés depuis dix ans par la scène parisienne. Le collectif amené par Jean-Christophe Meurisse s’attaque cette fois à la question de l’amour, et comme souvent avec eux, on rit du pire aux éclats

[rating=5]

Que ce soit une raclette, la société de consommation, un cours de step, les Chiens sont là, à l’affût des petits maux de notre monde, prêts à mordre le cynisme et la bêtise de tout poil. L’amour, ici chanté par Amel Bent ou William Sheller. L’amour qui s’enfuit, l’amour impossible, l’amour vorace, l’amour complice, l’amour post-mortem… tous les amours sont là et existent bien sur cette plage abandonnée où traîne un cocotier.

Avant que cela commence, comme toujours chez eux, l’accueil se fait de façon spectaculaire. Un Christ en croix revisite toutes les représentations du fils de celui qui est amour dans l’histoire de l’art. On rit, aux éclats, avant même que cela commence, dans un sur-chauffage de piste formidable.

Cette fois ci ils sont assis autour de la table, mais pas de tout de suite, ou alors un peu planqués. Ils s’amusent avec des méthodes de doublage digne de la série québécoise Le cœur a ses raisons et osent le plus trash, ceci étant ni le nu ni les blagues pipi-caca mais la douleur brute couchée sur le sable fin. C’est quand on assiste à un divorce jusqu’au sang ou à une séance de spiritisme entre un voyant et une veuve que le rire se fait sombre. Ils ne s’affadissent pas, ne laissent pas le temps de la peine. Il faut rebondir, changer le décor, courir, se changer, rajeunir à l’aide de deux tresses qui surgissent, batifoler avec innocence…. L’amour fade n’a pas sa place ici.

Ces comédiens-là, excellents, et sans cesse surprenants, sont des caméléons. Ils ont une formation solide, pas mal sont passés par LE conservatoire ou l’Ensatt, ils connaissent les textes, ont travaillé avec les plus grands et sont désormais libres d’arborer une langue parlée, simple, actuelle. Caroline Binder, Solal Bouloudnine, Claire Delaporte, Céline Fuhrer, Charlotte Laemmel, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne-Élodie Sorlin, Maxence Tual et Jean-Luc Vincent sont les témoins de l’actuel et offrent un théâtre où l’écriture au plateau est reine et où le décor joue autant que les vivants.

Visuel : © Philippe Lebruman

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