Théâtre
Le système Ribadier, Feydeau mutin et irrésistible au Vieux Colombier

Le système Ribadier, Feydeau mutin et irrésistible au Vieux Colombier

15 novembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Zabou Breitman investit le Vieux Colombier pour une mise en scène à la fois très classique de la pièce de FeydeauLe Système Ribadier qui fait pendant au Fil à la Patte de Jérôme Deschamps, salle Richelieu. Même ceux qui ne raffolent pas de cet art désormais classique qu’est le théâtre de boulevard seront forcés de passer un bon moment tant les extraordinaires comédiens, les deux Laurent (Stocker et Lafitte) s’en donnent à corps et à cœur joie. De la très grande comédie.

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Heureuse dans son deuxième mariage avec le placide Ribadier (Laurent Lafitte), la véhémente Angèle (Julie Sicard) ne peut s’empêcher de faire de terribles scènes de jalousie à son époux. Il faut dire qu’elle a été mise à rude épreuve : son premier mari la trompait très régulièrement une fois par semaine, ce qu’elle a découvert au travers d’un carnet de Dom Juan après le décès de ce dernier. A l’occasion du retour d’un soupirant de Angèle du consulat de Fance à Battavia où il s’était exilé pour ne pas commencer une histoire adultère avec elle dans le dos de son premier mari, Tommereux (époustouflant Laurent Stocker) on apprend que Ribadier n’est pas aussi sage qu’il y paraît: il a trompé très allègrement Angèle, mais a trouvé un moyen moderne et scientifique de le faire sans qu’elle n’en apprenne rien.

Pour sa première mise en scène à la Comédie Française, Zabou Breitman respecte à la lettre le rythme exigeant de Feydau et quand elle interprète à sa manière,elle est loin de se prendre « les pieds dans la tapis » comme elle le suggère. Soutenue par le jeu terriblement rigoureux et génialement jouissif des comédiens, elle propose une mise en espace chaleureuse, et certaines accentuations sensuelles et mutines du propos de cette bourgeoisie française d’un temps disparu. Alors qu’elle remarque avec justesse que la force des personnages de Feydeau est leur mouvement qui leur permet de passer d’une émotion à l’autre  et de dépasser la caricature, à chaque fois que Zabou Breitman fait une proposition de son cru c’est une réussite : ainsi d’aller voir l’en-dehors du décor en présentant l’extérieur de la fameuse pièce où tout se passe pour entrer et sortir de la comédie (avec une très belle scénographie du regretté Jean-Marc Sthelé qui met en abyme le Vieux Colombier), de demander au duo Lafitte/Stocker de répéter et mimer une scène, ou encore de faire danser avec un grotesque parfaitement mesuré ses trois personnages principaux. La machine Feydeau fonctionne et la salle rit à chaque grimace et à chaque bon mot. Au prisme de Zabou Breitman, cette machine comique et infernale présente également une certaine douceur, qui passe notamment par la tendresse que Julie Sicard sait exprimer.

Le système Ribadier, de Georges Feydeau, avec Julie Sicard, Laurent Lafitte, Laurent Stocker, Martine Chevallier, Nicolas Lormeau, Christian Blanc, 1h55.

©Brigitte Enguérand / collection Comédie-Française

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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