Théâtre
« Le Mariage de M. Weissmann » de Karin Tuil : Etre ou ne pas être juif. Etre ou ne pas être soi. Telle est la question universelle.

« Le Mariage de M. Weissmann » de Karin Tuil : Etre ou ne pas être juif. Etre ou ne pas être soi. Telle est la question universelle.

08 novembre 2014 | PAR Melissa Chemam

La metteur en scène Salomé Lelouch a repéré dans le roman de Karine Tuil, Interdit, le potentiel pour une superbe dramaturgie, intense et drôle. Avec Le Mariage de M. Weissmann, elle nous propose au Théâtre La Bruyère, Paris 9ème, un petit bijou de scène.

[rating=4]

Un texte acerbe, empli d’un humour bombesque, trois comédiens immédiatement attachants qui jouent le même personnage mais aussi tous les autres, un décor dépouillé, et une mise en scène enlevée, voilà quelques uns des ingrédients qui rendent ce spectacle si appréciable. L’histoire est à la fois très simple et burlesque : Saul Weissmann veut se remarier, à 70 ans, avec une femme pas si jolie mais aimante et protectrice, une future bonne mère juive, comme la sienne… Mais voilà le rabbin qui doit les marier lui annonce qu’il n’est pas juif dans les règles de l’art : sans le certificat de mariage religieux de ses parents, Saul, le survivant de la Shoah, n’est plus juif… S’en suit une cascade de déconvenues et surtout de questionnements. Saul va perdre et son futur mariage et son existence passée. Plongé dans le doute, il se démultiplie ; en lui cohabite un juif enfiévré et un juif haineux, et il ne sait plus lequel lui veut vraiment du bien.

Avec le procédé qui fait des trois comédiens, Jacques Bourgaux, Mikaël Chirinian et Bertrand Combe, trois versions d’un même Saul, Salomé Lelouch touche du doigt à la fois la part drolatique des questions les plus lourdes et l’universalisme de la quête de soi. Les répliques cinglantes du livre sont semées à bon escient, dans la bouche d’un Saul qui se permet tout, des blagues juives aux préjugés, sous prétexte qu’il n’a plus le droit d’être celui qu’il a toujours été. En cinquante minutes, ‘Le Mariage de M. Weissmann choque, fait sourire, émeut et surprend. Du vrai théâtre ! La dernière scène, autour d’un ballet d’étoiles jaunes, est à la fois bluffante et troublante, sorte de Deus ex Machina ultra-réaliste…

Sortant d’une telle soirée, personne ne peut nier, de plus, les petits bonheurs du théâtre privé, des petites salles et leur confort, des pièces courtes, excellentes de la première à la dernière minute, du plaisir de faire plaisir en invitant aussi des amis et proches moins aguerris devant le théâtre qu’au cinéma. Or la pièce se prête parfaitement aux invitations. Faites-la découvrir.

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
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