Théâtre
Le Baiser de la veuve, une tragédie qui dérange au Théâtre 12

Le Baiser de la veuve, une tragédie qui dérange au Théâtre 12

18 octobre 2013 | PAR La Rédaction

 

 

Troisième pièce écrite par l’auteur américain Israël Horovitz, Le Baiser de la veuve dépeint avec cynisme la violence et l’oubli, la vengeance et le pardon.

[rating=2]

Presse à papier dans un coin, outils accrochés au mur et sol jonché de journaux : Bobby Bailey et Georges Ferguson travaillent ensemble dans un vieil atelier de recyclage de papier. Amis d’enfance, ils évoquent souvenirs et amourettes de lycée avant de retrouver l’une d’entre elles : Betty Palumbo. Désormais critique littéraire renommée et jeune veuve, elle revient sur les lieux de son adolescence après treize ans d’absence. Perchée sur ses talons aiguilles au milieu des palettes et des cartons, le contraste est frappant entre la jeune femme et les deux hommes. Indubitablement, une question se pose : pourquoi est-elle revenue ?

La pièce prend alors la tournure d’un huis-clos cinglant dans lequel le spectateur se demande qui tient les rênes de ce trio schizophrénique : l’arrivée de la jeune femme réveille l’instinct animal des deux acolytes qui jouent des coudes jusqu’à remettre en question leur longue amitié. À l’image de l’araignée du même nom, la veuve noire tisse sa toile en guise de piège, jouant sur le fil de la séduction, jusqu’au renversement brutal. Georges, surnommé « Georgie la crevette », l’ado attardé, se révèle et ressasse avec sarcasme le gang bang dont Betty a été victime avant de quitter la ville, alors qu’elle avait dix-sept ans. C’est alors que la mise en scène caricaturale laisse place au malaise. Si une paire de seins nus, un pantalon déboutonné ou une jupe fendue ne choquent plus, ils ne font ici qu’apporter une grivoiserie excessive au texte. Déjà très acerbes et explicites, les mots d’Israël Horovitz appelaient peut-être à un peu plus de subtilité (d’autant plus que la pièce est présentée comme un spectacle tout public). Par ces excès, le metteur en scène donne au Baiser de la veuve une dimension de fait divers qui semble nuire à la profondeur du texte. Néanmoins, la pièce est portée par le jeu des comédiens qui prennent un malin plaisir à perdre le spectateur au fil de leurs règlements de compte. Les rôles s’échangent puis les masques tombent pour lever le voile sur une cruelle vérité.

Au-delà de la mise en scène, le texte appelle à la réflexion : violence et sexisme, clivage entre les classes sociales, phénomène de bouc-émissaire sont autant de thématiques intemporelles qui font du Baiser de la veuve une tragédie aux allures de chamailleries de cour de récré qui dérange.

Le Baiser de la veuve, d’Israël Horowitz. Avec Capucine Jarowski, Bruno Guillot, Tony Le Guern Mise en scène de Tony Le Guern. Jeudi-Vendredi-Samedi à 20h30 & dimanche à 15h30

Adèle Humbert

Visuel : Le Baiser de la veuve, dossier de presse

Infos pratiques

Bibliothèque Publique d’Information (BPI) du Centre Pompidou
Petit Journal Montparnasse
theatredouze

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