Théâtre

L’Avantage du Doute fait le point sur le travail, en temps d’Occupation

L’Avantage du Doute fait le point sur le travail, en temps d’Occupation

24 mai 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis hier, le Théâtre de la Bastille est occupé, mais gentiment occupé, avec consentement, par le collectif L’Avantage du Doute. Pour ouvrir le bal, la compagnie a décidé de s’en remettre au sort pour faire spectacle.

Cela devient une tradition, en fin de saison, le Théâtre de la Bastille donne les clés à un artiste qui s’empare de tout le lieu. L’Avantage du doute succède ainsi à Tiago Rodrigues et propose un parcours qui mêlera rencontres, workshops, expositions et spectacles. Grande Traversée ouvre le bal, c’est un joli nom pour parler comme d’habitude de trucs graves.

A la rédaction, nous sommes très fans de ce collectif, alors, quand l’astuce est donnée on jubile. Grande Traversée se jouera 4 soirs et chaque soir sera différent. La composition du spectacle est tirée au sort parmi des scènes isolées de leurs trois dernières pièces : Tout ce qui reste de la révolution, c’est Simon (2010), La légende de Bornéo (2012)  et Le bruit court que nous ne sommes plus en direct (2016).

Le temps a passé depuis 2010, Simon Bakhouche a désormais l’âge de la révolution et en conséquence… celle de la retraite. Alors, comme dans La légende Bornéo, il vend les gaufrettes de sa  femme dans un casier Miko pour remplir les caisses du collectif. Même les vieux ont besoin de travailler par temps de crise perpétuelle. Mais, alors, avec humour et en écoutant du jazz, toujours.

Ils composent, collent et accolent des moments. Pour nous ce fût « Pôle emploi », « Ethique Télé », « Le dîner » , « rescapés de la gauche » et « Simon ce héros ».  Ce qui est fou, c’est que tout fait corps ici, corps ouvrier même. Kafka a l’accent du sud-ouest et Mylène Farmer est philosophe. On lit la poésie de Walt Whitman quand tout va mal et, comme toujours, les bonnes questions fusent.

Grande Traversée dans sa version du 23 mai aura parlé de l’engagement. « J’ai forcément un penchant naturel pour la gauche » , « quelle activité vous permet de devenir quelqu’un ? », « faire un spectacle engagé sur le travail c’est pas évident ».

Ils jouent comme toujours en leur nom pour dire que leur théâtre n’est pas fiction. Claire Dumas n’est pas salariée du Pôle emploi mais sa haine de ce système inapte à offrir du travail à ceux qui n’en ont pas pas est réelle. Quand Nadir Legrand s’interroge « On peut gagner sa vie en faisant du théâtre? » sur un ton de connard cynique, on  ne doute pas que ce genre de bêtises a été dite dans la « vraie vie ».

L’Avantage du doute nous fait rire aux éclats, depuis dix ans, en pointant les malaises de nos milieux, en caricaturant nos traits de société. Et comme en 2010, Janis Joplin n’arrive plus à chanter. Tout va mal, mais ils sont là, alors, l’espoir peut vivre si, et seulement si, on répond « bien sûr que non » à cette question : « ça te dérange si je mets de la musique ? « 

Tout le programme d’Occupation 2 au Théâtre de la Bastille :

Le jeudi 31 mai à 20 h (entrée gratuite) : Veillée de mai autour de l’engagement politique

L’Avantage du doute reviendra sur sa pièce Tout ce qu’il nous reste de la révolution, c’est Simon. Un demi-siècle après Mai 68, quelles sont les nouvelles formes de politisation ?

II le jeudi 7 juin à 20 h (entrée gratuite) : Veillée sans écrans qui portera un regard critique sur nos médias

III samedi 16 juin à 20 h (entrée gratuite) : Veillée des orangs-outangs sur le thème du travail

Alors que le code du travail est réformé, les questions que posait La Légende de Bornéo semblent plus que jamais d’actualité. Quelles relations entretenons-nous avec le travail et le chômage ? Comment vivons-nous cette étrange servitude ?

Il y aura aussi Une semaine sans écrans du 4 au 10 juin initiée par le théâtre, avec également des débats, mais aussi des activités diverses et variées, (un repas partagé, le vin du doute, un théâtre à lire… dans le noir, une soirée musicale…)

– lundi 4 juin à 19 h 30 : Ecrans et récits.
Invité.e.s : Emmanuel Souchier et Elsaz Tadier, enseignant.e- chercheur.se au CELSA et membres du GRIPIC, rejoints par Céline Champinot, autrice et metteure en scène.

– mardi 5 juin à 19 h 30 : Ecrans et relations sociales.
Invitées Anne Dalsuet, enseignante en philosophie, spécialiste des réseaux sociaux et d’écologie.

– mercredi 6 juin à 19 h 30 : Ecrans et enfants
Invitée : Béatrice Fourrestier, pédopsychiatre

– samedi 10 juin à 17 h : vernissage de l’oeuvre collective réalisée par les différents participants de cette semaine organisée par Delphine Sainte-Marie, plasticienne.

-La Caverne, un tout public, du 5 au 15 juin

Visuel : ©Pierre Grosbois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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