Théâtre
La Mousson d’été, premier jour d’une nouvelle édition sans Michel Didym

La Mousson d’été, premier jour d’une nouvelle édition sans Michel Didym

24 août 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

La mousson d’été imaginée par Michel Didym connaît cette année, après le départ de celui ci à la suite d‘une instruction en cours le visant pour viol, une 28eme édition particulière au titre même de l’absence de son créateur. Mais ce qu’il a semé reste vivant et cette Mousson d’Été prouve être devenue une  institution. Avec bonheur on retrouve toute l’équipe historique emmenée sous la direction de la nouvelle directrice Véronique Bellegarde. 

Fondée en 1995 par Michel Didym, La Mousson d’été constitue l’un des événements européens majeurs pour la découverte de nouvelles écritures dramatiques. Pendant sept jours, au cœur de la Lorraine, l’Abbaye des Prémontrés accueille auteurs dramatiques, metteurs en scène, universitaires, comédiens. La Mousson d’été se propose de dénicher des textes forts, de découvrir de nouveaux auteurs, de dévoiler des écritures émergentes accueillies par un comité de lecture animé par Véronique Bellegarde.

L’événement s’articule principalement autour de la mise en espace de lectures de textes inédits ou traduits pour la première fois en français, interprétés, manuscrits en main, par des comédiens talentueux. Des spectacles, des ateliers, des conférences et des conversations contribuent à la programmation ambitieuse. La 28e édition  innove encore. 

Cette année le public découvrira des textes d’auteurs suisse, italien, australien, ukrainien ou belge.  La mousson c’est aussi un partenariat contributif avec Fabulamundi, un Erasmus européen de la création théâtrale et une Université d’été. Fabulamundi. Playwriting Europe est un projet de coopération entre théâtres, festivals et instituts culturels de toute l’Europe, visant à créer une plate-forme de soutien à la dramaturgie contemporaine : renforcer les pratiques professionnelles, fournir aux auteurs des opportunités de création, ouvrir de nouveaux partenariats et améliorer la visibilité des écritures théâtrales

Devant la richesse du  programme et le public qui afflue, constatons que Michel Didym a créé, par son talent et son dynamisme, une chose, plus grande que lui, une institution savante et artistique internationale qui désormais dépasse son créateur. 

Pour cette première journée de découverte et de mise en place, c’est dans une bonne humeur générale que fut  accueilli le  texte ciselé de Dominik Busch (Suisse) : La loi du plus fort. La lecture est dirigée et mise en ondes par Pascal Deux pour France Culture, partenaire historique de la Mousson d’été, accompagné de la musique originale de l’habituel et précieux Frédéric Fresson. La pièce parcourt avec finesse notre difficulté à nous penser à l’abri des sociétés violentes et sans droit. Un voyage d’études en Colombie d’une journaliste doit produire un reportage ; le film apparaît impossible à monter autant qu’il est impossible de saisir la question du bien et du mal en Colombie et de se retirer dans le confort serein d’une salle de montage à Paris. Que faire de ce savoir sur les horreurs du monde? Le père de la reporter voudrait balayer d’une main en supposant une industrie du complexe de culpabilité, il voudrait croire à la force de nos réalisations et à notre fierté à les avoir accomplies. E puis il y a ce soldat criminel de guerre qui témoigne, mais nous dit il la vérité? 

Véronique Bellegarde, talentueuse metteuse en scène sera certainement une grande directrice. Elle  a voulu que cette mousson d’été soit un lieu actuel qui ne soit  pas étanche à ce monde qui secoue en tous sens avec le retour des vieux démons, de la barbarie. Mais [où] apparaissent aussi des prises de conscience altruistes et responsables. La loi du plus fort nous parle de cela justement et Jacques Bonnafé, le père,  Clotilde Hesme, la journaliste sont incroyables dans leur incarnation de ces personnages de théâtre radiophonique au centre des nos questionnements. 

La pièce Les gens conclut la journée par l’interprétation maîtrisée d’Eric Berger. Dans ce petit texte très drôle de Pier Lorenzo Pisano (Italie), l’auteur s’amuse à décrire ses contemporains affairés et semblant oublier qu’ils sont mortels. 

Le reste de la programmation passionnante et plein de promesses :

Les textes dramatiques sélectionnés

Dominik Busch (Suisse) : La loi du plus fort, traduction Silvia et Jean-Claude Berutti-Ronelt, lecture dirigée et mise en ondes par Pascal Deux pour France Culture, avec Jacques Bonnaffé, Philippe Fretun, Étienne Galharague, Zakariya Gouram et Clotilde Hesme, musique originale Frédéric Fresson, assistante à la réalisation Anissa Zidna, chef opérateur Djaïsan Taouss, opérateur Mathieu Touren, bruiteuse Céline Bernard

Oscar De Summa (Italie) : La sœur de Jésus-Christ, traduction Federica Martucci, regard artistique Véronique Bellegarde, avec Alex Lutz, musique Philippe Thibault

Kendall Feaver (Australie) : Jamais toujours parfois, traduction Sabine Haudepin, Dominique Hollier, Séverine Magois et Adélaïde Pralon, lecture dirigée par Laëtitia Guédon, avec Birane Ba (de la Comédie-Française), Marie-Sohna Condé, Lola Roy et Carole Thibaut

Serhiy Jadan (Ukraine) : Hymne de la jeunesse démocratiquetraduction Irina Dmytrychyn, lecture dirigée par Guillaume Durieux, avec Éric Berger, Morgane Deman, Sébastien Eveno, Philippe Fretun, Étienne Galharague, Cyril Hériard Dubreuil, Adil Mekki, Julie Pilod et Alexiane Torrès, musique Philippe Thibault

Laurent Leclerc (France) : Soox Méduse, lecture dirigée par l’auteur, avec Birane Ba (de la Comédie-Française), musique Hervé Legeay

Aïko Solovkine (Belgique) : Ring, lecture dirigée par Cathy Min Jung avec Laurent Sauvage

Mathilde Souchaud (France) : Les échos de la forêt, lecture dirigée par Cyril Hériard Dubreuil avec Sébastien Eveno, Philippe Fretun, Étienne Galharague, Zakariya Gouram, Adil Mekki, Céline Milliat-Baumgartner, Julie Pilod et Alexiane Torrès

Sara Stridsberg (Suède) : L’ange abîmé, traduction Marianne Ségol-Samoy, dirigée par Véronique Bellegarde assistée de Léa Falconnet, avec Jacques Bonnaffé et Clotilde Hesme

Grégoire Vauquois (France) : Sit Jikaer (ou la peine perdue), lecture dirigée par Fabrice Murgia,
avec Birane Ba (de la Comédie-Française), Adil Mekki, Julie Pilod, Lola Roy et Alexiane Torrès, musique Hervé Legeay

 Les textes présentés dans le cadre du projet européen Fabulamundi. Playwriting Europe :

Marion Aubert (France) : En pleine France, lecture-rencontre avec l’autrice et Kheireddine Lardjam, metteur en scène à l’origine du projet et qui en dirigera la création à venir

Pauline Peyrade (France) : Des femmes qui nagent, lecture dirigée par Emilie Capliez avec Marie-Sohna Condé, Clotilde Hesme et Alexiane Torrès

Josep Maria Miró (Espagne/Catalogne) : Nerium Park, traduction Laurent Gallardo, lecture dirigée par Véronique Bellegarde assistée de Léa Falconnet, avec Eric Berger et Julie Pilod, musique Philippe Thibault

Pier Lorenzo Pisano (Italie) : Les gens, traduction Federica Martucci, lecture dirigée par Alexandra Tobelaim avec Eric Berger

Elise Wilk (Roumanie) : Disparitions, traduction Mirella Patureau, dirigée par Christine Koetzel, avec la troupe amateur éphémère du bassin mussipontain (spectacle hors-les-murs à la médiathèque Yvon-Tondon de Pont-à-Mousson)

Un texte présenté dans le cadre de Tintas Frescas, projet de coopération pour la promotion des nouvelles écritures dramatiques entre la France et l’Amérique du Sud hispanophone :

Mariana de Althaus (Pérou) : Incendier la forêt avec toi dedans, traduction Victoria Mariani, dirigée par Pauline Bureau, avec Coco Feilgerolles, Zakariya Gouram, Céline Milliat-Baumgartner et Lola Roy

Deux spectacles :

Disparitions, d’Elise Wilk (Roumanie), traduction Mirella Patureau, spectacle amateur dirigé par Christine Koetzel, avec la troupe éphémère du bassin mussipontain

Stallone, d’après Stallone d’Emmanuèle Bernheim (publié aux éditions Gallimard), mise en scène Fabien Gorgeart, avec Clotilde Hesme et Pascal Sangla, création sonore et musique live Pascal Sangla, création lumières Thomas Veyssière, assistante à la mise en scène Aurélie Barrin
 

Privés de feuilles les arbres ne bruissent pas, texte Magne van den Berg (Pays-Bas), traduction Esther Gouarné, mise en scène Pascale Henry, avec Valérie Bauchau et Marie-Sohna Condé, scénographie Michel Rose, costumes Audrey Vermont, composition musicale et sonore Laurent Buisson, lumière Michel Gueldry, régies générale et plateau Céline Fontaine

Les vieilles carettes, mise en jeu Jacques Bonnaffé, textes et montage de Jacques Bonnaffé, emprunts à Raoul de Godewarsvelde, Jules Mousseron, Lucien Suel, Jean-Pierre Verheggen, costumes Béatrice Meunier avec le regard et la complicité de Valérie Grall et Luc Leclerc du Sablon

Crédit photo ©Boris Didym

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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