Théâtre
« La mélancolie des dragons » : le merveilleux est triste chez Philippe Quesne

« La mélancolie des dragons » : le merveilleux est triste chez Philippe Quesne

08 janvier 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« On va faire une minute de silence, cela ne fait pas partie du spectacle » Philippe Quesne dit ne pas « comprendre ». Il remercie le public d’être venu quand même. La douleur est palpable mais, on le sait : « show must go on ». En redonnant à voir sa somptueuse Mélancolie des Dragons, le nouveau directeur des Amandiers nous cajole, nous console et fait corps avec notre douleur, le tout dans un éclat de rire. Quesne est Charlie.

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La mélancolie est une dépression qui mène à la mort, pour le dire (trop) vite. La mélancolie est le spleen cher aux romantiques. Pour le magicien des plateaux, pour l’homme qui aime les effets dominos et les gens sous bulles, redonner à voir son chef d’oeuvre daté de 2008 qui avait alors enchanté le Festival d’Avignon prend un sens particulier. Quesne se sert toujours de la dernière image du spectacle précédent qui devient la première du suivant. On retrouve la voiture échouée ( une AX si 90)  de l’Effet de Serge. La voilà bloquée dans la neige, une remorque derrière elle. La musique hurle AC/DC, Trust, ou encore le très kitsch « Mélancolie, Mélancolie » de C Jérôme aux paroles d’anthologie :
« Mélancolie, Mélancolie
De tes yeux verts,
Il me reste la mer »

On rit. Miracle. Nous qui ne faisions que pleurer depuis que les barbares sont arrivés en ville, nous voilà de nouveau revenus à la vie. Quesne sait faire conte, peut-être mieux que personne, il a le sens du « merveilleux ». Ici, nous sommes dans Blanche-Neige, la princesse est brune et s’y connait en courroie de transmission. Les images vont se graver longtemps, on le sait. Il y a ici une proposition foutraque où un parc d’attraction va se mettre en place à grand renfort d’effets spéciaux, et dont la blanche Isabelle est le témoin parfait. Elle est la spectatrice rêvée par tout comédien. Celle qui se surprend d’un ballon qui « respire » ou d’une installation d’hommes invisibles chevelus. Par sa parole ingénue, elle apparaît aussi désabusée, blasée. Comme dans la Démangeaison des ailes où les acteurs étaient dans le bocal, ou Swamp Club qui mettait la culture dans un étang, le ton est distant, aussi froid que la neige artificielle qui habille les arbres présents sur la scène.

Rire est un subterfuge ici. Penser que La Mélancolie des dragons serait une comédie est être hors-sujet. Nous sommes dans une dépression, faite de son isolement, qui nous coupe du monde et où nous réalisons , alors que nous nous croyons seuls, que nous sommes nombreux au fond. Ils sont là, bloqués pour sept jours. Qu’est ce qui est vrai ? Même la neige ment. Tout n’est qu’illusion ici. Le groupe de poètes médiévaux au look hard-rock nous invite à comprendre que derrière la magie du théâtre il y a toujours un truc.

Le merveilleux se conclut dans la brume et dans le noir. Les hauts ballons qui nous faisaient rire nous font maintenant peur. Nous pouvons pieusement retourner à nos larmes, mais dans un état plus serein.

Merci Philippe Quesne. Nous restons Charlie.

Visuel :©Martin Argyroglo

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