Théâtre
La liste « feel good » de Duncan Macmillan, une ode à la vie au théâtre de la Reine Blanche

La liste « feel good » de Duncan Macmillan, une ode à la vie au théâtre de la Reine Blanche

16 décembre 2019 | PAR Anne Verdaguer

Appeler une pièce Toutes les choses géniales pour évoquer le suicide d’un proche est déjà en soi un acte de croyance non pas religieuse mais en l’optimisme, si ce n’est en la vie elle-même. Dans cette histoire, le petit garçon, dont la maman est dépressive, va utiliser un stratagème simple et pourtant formidablement efficace pour tenter lui-même de ne pas sombrer : répertorier méthodiquement tout ce qu’il y a de génial dans la vie. Une pièce puissante, bouleversante et intimement philosophique.

Numéro 1 : les glaces. Numéro 2 : les batailles d’eau. Numéro 3 : la couleur jaune. Numéro 4 : rester debout après l’heure habituelle et avoir le droit de regarder la télé. Il y a aussi : les gens qui tombent par terre, faire pipi dans la mer sans que personne ne s’en rende compte, les vieilles personnes qui ne sentent pas mauvais et vous offrent des friandises… La liste peut continuer ainsi à l’infini et, d’ailleurs, elle finira par dépasser le cadre strict de l’histoire de ce petit garçon. Celui ci va grandir, connaître l’amour et la mort, de près… et il ne cessera de nous interroger sur notre propre existence. Qu’est-ce qui fait que notre vie vaut la peine d’être vécue? Qu’est-ce qui nous permet d’avancer quand ont est entouré de malheurs ? Qu’est-ce qui finalement nous fait choisir la vie au lieu de la mort ? C’est à ces questions hautement philosophiques que l’auteur Duncan Macmillan tente de répondre, mine de rien, en nous offrant un manuel des jolies choses, tout comme Philippe Delerm avait écrit sa Première gorgée de bière, sans en mesurer sans doute l’impact.

Car c’est un véritable vade-mecum à l’usage des vivants qu’il nous propose, porté par l’interprétation délicate de Didier Cousin, dans un seul en scène vivifiant et tendre à la fois. Son jeu tourné vers le public permet de se mettre littéralement dans la peau des personnages, puisqu’il fait participer les spectateurs disposés en rond autour de lui. L’une deviendra la psy, tandis qu’un autre jouera le rôle de son père. Les rôles sont inversés et plus rien ne sépare l’expérience de la scène de celle de la salle. On en vient à faire partie intégrante de la pièce et c’est une sensation, non pas effrayante, mais très douce, emmenée par la bienveillance du comédien qui installe un échange chaleureux et ludique avec ses partenaires d’un soir. Celui-ci tiendra jusqu’au bout à continuer sa liste, à laquelle tout le monde finira par participer jusqu’au final qui, sous forme d’apothéose, nous rappellera que la musique est bien souvent le meilleur antidote au malheur. Il suffira d’ailleurs de pas grand-chose pour filer la métaphore, un soir de grève de décembre, en rentrant du théâtre sur son vélo, Curtis Mayfield très fort dans les oreilles, et à tue-tête, au grand dam des piétons parisiens renfrognés ! Première chose à mettre sur sa liste en rentrant.

Toutes les choses géniales, on l’aura compris, est une pièce qu’il faut voir absolument, surtout en ces temps de sinistrose ambiante. Elle est une forme de plaidoyer pour le bonheur qui ouvre une magnifique brèche dans nos vies souvent mésestimées.

Toutes les choses géniales, une pièce de Duncan Macmillan, mise en scène d’Arnaud Anckaert de la Cie Théâtre du Prisme, avec Didier Coussin, présentée au théâtre de la Reine Blanche, du 19 novembre au 28 décembre 2019, les mardis, jeudis et samedis à 19h. Durée : 60 minutes. 

Visuel : affiche du spectacle.

 

Infos pratiques

le Meur Valerie Anne Pom Pom Pom
La Ferme du Buisson
reineblanche

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