Théâtre
La jeune scène flamande au Théâtre de la Bastille

La jeune scène flamande au Théâtre de la Bastille

22 octobre 2019 | PAR Jules Bois

Dans le cadre du programme P.U.L.S qui permet aux jeunes talents de la scène flamande d’être suivie et produite, deux spectacles avaient lieu la semaine dernière. New skin de Hannah de Meyer et Matisklo de Bosse Provoost avec le collectif Kraagsteen.

Une salle pleine, une atmosphère moite, l’attente. Une disposition théâtrale habituelle me direz-vous. Mais soudain, une voix féminine s’élève. Elle est avenante mais inquisitrice. Comment allez-vous ? Comment vous sentez-vous ? … Ne sachant si toutes ces questions sont réthoriques ou non, personne ne répond. La voix entame ensuite un discours, « je vais vous changer une petite chanson » qu’elle scande plus qu’elle ne chante ensuite. La cohérence nous échappe. Mais il va falloir s’habituer à ce que la cohérence nous échappe. Apparaît sur scène une jeune fille aux cheveux courts et au pas leste. Et ainsi commence le spectacle.

D’apparence désarticulée, comme une effrayante poupée mal réglée, le regard dans le vide et imitant les bruits d’un insecte qu’on ne voudrait croiser, elle déambule. Sans transition, la salle se trouve plongée dans l’obscurité, et Hannah de Meyer entame son voyage. D’une voix douce, elle nous invite à la suivre, à imaginer des sensations, des paysages, des émotions. Pour nous guider, sa voix, au débit ininterrompu et fluide dont on ne peut être qu’admiratif, des musiques bienvenue, ponctuant la performance, mais aussi et surtout une chorégraphie permanente. Si cette chorégraphie, peut apparaître de prime abord désordonnée voire obsolète, on s’aperçoit vite de la pertinence de celle-ci, comme illustration gestuelle pertinente des émotions transmises, des décors où elle nous guide, et des scènes auxquelles nous sommes invités à assister. 

En somme, cette performance n’a qu’une seule exigence : accepter de se laisser aller, de jouer le jeu. Accepter de ne pas tout saisir, refuser de tout rationaliser. Une fois ce prérequis intégré, le spectacle s’avère être génial, singulier et beau.

Dans la même soirée, se présentait Bosse Provoost et le collectif Matisklo, proposant de donner forme à trois poèmes de Paul Celan. Cet écrivain et poète juif roumain écrivant en langue allemande, a vécu les camps de travaux forcés durant la seconde guerre mondiale, et perdu ses parents dans les camps nazis. Il finit sa vie à Paris après la guerre, où il y compose la plus grande partie de son oeuvre. Ses poèmes portent les marques traumatiques de l’holocauste, illustration du désarroi de la pensée, du langage et de l’art après cette guerre. Le spectacle se proposait justement d’incarner sur scène la poésie de Paul Celan.

Malheureusement, pour saisir des brides de ce qui se présentait sous nos yeux, il était nécessaire de bien connaitre le poète et son oeuvre, et lire assidûment le programme, comportant un entretient avec Bosse Provoost portant sur son spectacle. Sans ces éléments, l’incompréhension était totale. Il était limpide que cette performance était le fruit d’une réflexion, d’un travail, et non absurde, étrange et nébuleux pour le plaisir de l’être. Mais pourtant, ce qui était donné à voir échappait trop facilement à la compréhension. L’étrange de certaines scènes prêtaient même à sourire, bien qu’il soit peu probable que ce fût l’intention des artistes. Reste que le travail de mise en scène et de lumière était bon, que tenter de répondre à la question « pouvons-nous donner forme, visuellement et physiquement, à des choses et même à des entités qui excèdent le domaine de l’humanité » est loin d’être dénué d’intérêt. Mais quoi qu’il en soit, il est dommage que pour un spectacle vivant, il soit nécessaire de lire l’entretient avec Bosse Provoost pour comprendre ses intentions et en tirer des conclusions sur ce qu’il se passe sur scène. 

On peut néanmoins féliciter le Project for Upcoming Artists for the Large Stage (P.U.L.S.) et le Théâtre de la Bastille de parvenir à nous proposer des spectacles originaux, et des jeunes artistes dont le travail mérite une visibilité. 

image mise en avant : © Hannah De Meyer
images du spectacle Matisklo : © Pieter Dumoulin

 
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Le Chat Botté… et culotté !
Jules Bois

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