Théâtre
« J’y pense et puis… »: je souris? Le déménagement philosophique selon le Tof Théâtre [Biennale des Arts de la Marionnette]

« J’y pense et puis… »: je souris? Le déménagement philosophique selon le Tof Théâtre [Biennale des Arts de la Marionnette]

20 mai 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le Tof Théâtre participe à cette 9ème édition de la BIAM avec un spectacle intitulé J’y pense et puis... Une forme assez courte (45′), sensible et tendre, qui associe étroitement le spectateur à l’action, et le confronte gentiment à ses choix moraux. Marionnettes portées manipulées à vue, décor minimaliste et astucieux, écriture intelligente et fluide, une manipulation convaincante et proche du public: du tout bon, qui peut convenir aussi aux enfants.

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Avez-vous déjà été invité à une fête surprise pour l’anniversaire d’une marionnette? Avez-vous déjà eu l’occasion de faire la bise à l’une d’entre elles? Avez-vous déjà vu une marionnette manipuler une autre marionnette? Avez-vous jamais été disputé, pour votre lenteur, par l’une d’entre elles?

L’un des traits marquants de J’y pense et puis…, qui est d’ailleurs typique des créations du Tof Théâtre, c’est l’extrême proximité entre les deux duos marionnette-manipulateur et les spectateurs. Dans un espace volontairement exigu, après une courte déambulation, le public se retrouve à interagir, bon gré mal gré, avec les deux marionnettes qui leur communiquent des instructions muettes pour les placer, avant que l’histoire ne commence.

Le spectacle est plein d’humour et de bonhomie, avec une touche de gravité distillée sur un dernier rebondissement, les spectateurs étant rendus à l’air libre précisément au moment où ils se retrouvent confrontés à leurs questionnements intimes. Beaucoup de finesse, dans cette pièce, dans les relations entre personnages, et dans les réactions suscitées parmi les membres du public. A cela se joint une sorte de poésie humble, une poésie de l’ordinaire, des rapports humains simples et des objets du quotidien.

Objets, justement, qui s’animent entre les mains des marionnettes, qui se retrouvent même à en manipuler une troisième. C’est inventif, les symboles sont intelligemment utilisés, le propos est clair, toujours juste.

Lorsque le spectacle prend finalement un tournant plus grave, en installant le sentiment du danger, le public est comme pris au piège. Pris au piège de sa complicité avec les personnages, de sa proximité avec ce qui est narré. Cette position de partie prenante de l’histoire le place au cœur du choix moral qui se pose finalement aux personnages, et chaque spectateur vit l’inconfort d’être appelé à prendre position.

C’est un beau spectacle que nous offre là le tof théâtre: généreux, simple, sympathique mais aux prises avec la gravité de son époque, il nous donne à sentir que cela peut être au niveau le plus élémentaire, dans les endroits les plus petits et au milieu des gens les plus simples que les questions les plus fondamentales, finalement, peuvent se trouver posées.

A déguster encore samedi 20 et dimanche 21 mai sur le parvis du Théâtre du fil de l’eau à Pantin.

 

Auteur, mise en scène, scénographie, marionnettes : Alain Moreau
Interprétation : Laura Durnez et Dorothée Schoonooghe
Création musicale : Max Vandervorst
Costumes des marionnettes : Céline Robaszynski
Éclairages, régie : Jérôme Lenain
Stagiaire : Monelle Van Gyzegem
Participation au scénario : Bao Khanh Ngouansavanh et Laura Durnez

Visuels: (C) Gilles Destexhe et Mathieu Dochtermann

Infos pratiques

Institut Cervantes de Toulouse
La Fábrica Flamenca – Centro Flamenco de Toulouse
theatreaufildeleau

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