Théâtre
Joël Dragutin, fou du Théâtre 95

Joël Dragutin, fou du Théâtre 95

03 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre 95 de Cergy s’est refait une beauté dans les mains soyeuses de l’architecte Gaëlle Péneau. Alors, on casse un premier mythe, non ce n’est pas loin, le temple doré se trouve au pied du RER A, à 35 minutes des Halles. Une fois le souffle retrouvé, nous pouvons alors nous plonger dans l’incroyable rencontre avec un directeur solide tout en étant plein d’humour.

Joël Dragutin est un fidèle. Il est le directeur fondateur du théâtre 95. Pour lui, la route tracée en 1989 est restée la même « Il n’y a pas une différence énorme, sauf de lieu et de moyens. Le projet de départ était globalement un projet d’écriture contemporaine, de mettre en place un théâtre dirigé par un auteur, c’est rare. C’était faire un lieu qui interroge les mythes contemporains, qui interroge le monde dans lequel on est. C’est à dire ce qui nous fait peur, nous angoisse : le réchauffement climatique, le jeunisme, le consumérisme, les vacances permanentes, le ludique. J’ai commencé à le faire dans une précarité et au fur et à mesure on a eu un peu plus de moyens. »

Ce lieu il en connait les recoins et la population qui le fréquente. Au tout début ce directeur d’une scène nationale dans le Nord Pas-de Calais hérite d’un bâtiment qui aurait dû être démoli six mois après pour en faire un parking. Cergy-Pontoise était en 1970 une ville nouvelle. « Comme la démolition coûtait trop cher l’agglomération nous l’a laissé. »

Intégrer un théâtre dans la ville, cela demande un projet architectural et culturel. Là encore le directeur assume une même route depuis le début : « On propose des spectacles en tournée, des spectacles pour enfants, pour adultes, des expositions, des débats… Ce qui va changer c’est la possibilité d’accueillir des scénographies plus lourdes, des expositions avec des vidéos… Cela n’est pas fondamental, le projet reste le même. »

Et du point de vue architectural ? « Le théâtre est théâtral ! Il est très beau et cela compte. Ce bâtiment devient un objet art. Il est trois fois plus grand que le précédent. La salle est modulable : on peut faire un spectacle en quadri faces. Le problème est alors de faire tourner une scénographie éclatée. Cette salle spécule sur l’avenir. » Et de rajouter « Un passage, l’atrium et le grand cube doré, cela est nouveau. L’idée est d’attirer le public qui sera intrigué ». Pour sensibiliser le public à ce nouveau théâtre qui s’installe dans l’ancien, une journée porte ouverte a déjà été organisée. Une grande fête se tiendra du 22 au 24 juin. Ensuite viendra la présentation de saison en septembre La billetterie et les abonnements sont eux déjà ouverts. Le public est constitué de 50 % de Cergy Pontoise, la ville est plus vaste que Paris. 50 % en dehors de l’agglomération dont 25 % de parisiens. « Nous aimerions augmenter cette part en mettant en place des navettes et en augmentant les partenariats avec les scènes parisiennes comme le 104. Je connais bien le public, je le fréquente depuis 20 ans. Si on se propose d’animer culturellement une ville comme celle là il faut leur offrir une dimension relationnelle et affective dans la demande. C’est pour ça qu’on a aussi fait un café de la plage. » L’humour est partout dans ce théâtre, car à Cergy, la plage… elle est vraiment loin. Mais, confronté à une agglomération excessivement jeune , « à Voréal quand je suis arrivé la moyenne d’âge était de 8 ans ! C’était pas une blague ! », il a fallut rendre la culture attrayante sans concéder sur la qualité des contenus. « Cette jeunesse influe sur ce qu’on programme, dans les fêtes inaugurales on propose du cirque, de la chanson, du hip hop. L’idée est d’élargir les publics. »

En théâtre, la saison offrira de belles heures comme le Festival Les Contemporaines de Fabrice Melquiot, la nouvelle création de Joël Dragutin, Une maison en Normandie, ou Les Enfants d’Edward Bond monté par Bruno Ladet.

Alors, entrons enfin dans ce lieu encore en travaux qui fait la part belle à l’ancien, aux fondements. On l’aura compris Joël Dragutin est un homme de cœur. « On voulait garder le théâtre ancien qui est le premier bâtiment public de Cergy, les architectes ont construit la ville nouvelle dans ce lieu. On a choisi l’emplacement. On nous avait proposé la maison de Gérard Philippe mais c’était trop excentré. »

On aura visité tout le théâtre des loges à la buanderie en passant par les deux scènes, la petite de 400 places et la grande aux gradins intégrés dans le mur dépliables électriquement. Lieu immense où tout est utilisé : le plafond du café de la plage devient salle de réunion, le café devient théâtre à l’occasion. Dans la salle, l’architecte a joué la tension entre le contemporain et le moderne : un atrium où se font face deux balcons : celui du public et celui de l’équipe technique, des murs dorés comme au Silencio et des lustres ultra chic. L’idée est d’occuper tout l’espace.

Pour finir le grand tour, il nous amène son bureau où traînent clopes et cafés. Il nous raconte un de ses engagements foutraques. En visite à Mortagne par un hasard alimentaire, il a promis de rendre hommage à la ville qui a sustenté son petit garçon. Depuis, tout ces spectacles y font mention et au cœur du programme, vous trouverez une page sur les activités formidables de la petite ville, temple vous l’apprendrez , de la musique électronique…Ne travaille pas avec le professeur Rollin qui veut, Dragutin a le niveau.

Visuels : Dominique Chauvin

Sévérin nous parle de son album
Play Off d’Eran Riklis, le retour en Allemagne d’un entraîneur de basket israélien
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “Joël Dragutin, fou du Théâtre 95”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *