Théâtre
Je suis une mouette au Théâtre du Nord (Idéal)

Je suis une mouette au Théâtre du Nord (Idéal)

20 juin 2013 | PAR Audrey Chaix

En choisissant de mettre en scène La Mouette de Tchekhov, Renaud Triffault a pris le parti de se concentrer sur six personnages : les jeunes que sont Tréplev, Nina, Medvedenko et Macha, et les deux figures tutélaires d’artistes que sont Arkadina et Trigorine. Dans un dispositif bi-frontal qui rapproche les comédiens du public et qui donne au plateau une longueur intéressante, Je suis une Mouette redonne à lire la pièce de Tchekhov dans un contexte contemporain, voire atemporel, qui donne toute leur place aux âmes des personnages.

Ancien étudiant de l’EPSAD, Renaud Triffault a réuni sur le plateau ses camarades de promotion : cette symbiose entre des jeunes gens qui ont l’habitude de travailler ensemble permet de donner à Je suis une mouette un véritable esprit de troupe. Triffault resserre ainsi le propos de Tchekhov – sans que cela se fasse ressentir dans la longueur de la pièce, qui dure 2h30, ce qui est peut-être un peu long.

La pièce s’organise clairement en deux temps distincts : la première partie, la plus longue, se passe alors que la mère de Tréplev, actrice célèbre, vient voir son fils. Accompagnée d’un écrivain célèbre, elle sème le trouble parmi la communauté de jeunes gens à peine sortis de l’adolescence. Belle mention à Lucie Boissonneau, qui campe Arkadina avec fierté et assurance, paraissant bien plus femme mûre que son âge réel.

La seconde partie, qui commence après un très beau tableau où une neige drue envahit le plateau, est beaucoup plus sombre : bien des années après, les protagonistes se retrouvent, et Nina, la mouette, celle qui était partie à la ville pour réussir comme actrice, revient aussi désabusée qu’elle a raté sa vie de comédienne.

Volontairement, Triffault a choisi de ne pas replacer l’œuvre de Tchekhov dans la Russie du 19e siècle. Il permet ainsi à Je suis une mouette de rentrer en résonance avec les préoccupations des jeunes gens, entre anonymat et soif de reconnaissance, rêves d’une autre vie battus en brèche par les exigences de la réalité.

Si l’on sent la jeunesse et la fougue qui animent la troupe autant que le metteur en scène, on regrette quelques longueurs, surtout sur la fin, qui alourdissent un propos qui se veut pourtant resserré et plus efficace. Gageons qu’en tournant, Je suis une mouette saura trouver son rythme de croisière, et saluons un bel esprit d’ensemble.

Photos : © Simon Gosselin

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