Théâtre

J’avais encore tellement de choses à te dire…  maman…

J’avais encore tellement de choses à te dire… maman…

10 mars 2019 | PAR Magali Sautreuil

Être ou se mettre hors-jeu, telle est la question… Dans la vie, il y a parfois des moments où l’on se met volontairement ou non en retrait. Cela n’a rien de grave, tant que ça ne dure pas, ce qui ne semble pas être le cas de Catherine. Parviendra-t-elle un jour à reprendre sa vie en main ? Seul l’auteur nous le dira…

Un drôle d’oiseau cet auteur ! Sous prétexte qu’il a du talent, il ordonne son monde selon sa propre fantaisie. Qui oserait d’ailleurs contredire le grand Samuel Beckett ? Certainement pas la pauvre diablesse qu’il force à rester sur scène, alors que son personnage est mort. Si encore son corps était exposé, cela pourrait se justifier. Mais non. Immobile, muette, planquée dans une poubelle, face au mur, interprétant le rôle de la mère morte, personne ne la voit. L’auteur l’a jetée à la poubelle. En même temps, elle a l’habitude, dans la vie aussi, elle est transparente…

Mais un soir, en pleine représentation, elle en a assez ! Elle a besoin de s’exprimer, de prononcer ces mots qui l’oppressent et qu’elle ne veut pas entendre. Et puis merde, après tout, une poubelle, ça peut déborder !

La pauvre, elle joue le rôle d’une mère qui vient de mourir, alors qu’elle vient de perdre la sienne. Et même si cela fait déjà neuf mois, elle ne parvient pas à faire son deuil… Tous les soirs, dans sa poubelle, face au mur, elle pense à sa défunte mère, à tout ce qu’elle aurait aimé lui dire… et elle retrace dans petit carnet son histoire familiale. Alors certes, elle ne prétend pas rivaliser avec le célèbre auteur du XXème siècle Samuel Beckett, mais en attendant la fin de sa pièce, il faut bien qu’elle s’occupe !

On ne peut pas lui en vouloir. Le temps doit lui permettre extrêmement long ! Seule au monde, seule en scène, coupée des autres, repliée sur elle-même, barricadée dans cette poubelle qui lui sert de refuge, quelle vie… ou plutôt quelle agonie ! En effet, selon Samuel Beckett, on passerait sa vie à attendre la mort. Quand on est à l’état de projet, d’embryon, tout va bien, mais à peine pointe-t-on le bout de son nez dehors que voilà, c’est le début de la fin. Quel pessimisme ! Et ce n’est pas avec ce genre de considération que notre comédienne va pouvoir aller de l’avant !

Le peut-elle seulement ? On se demande parfois si l’actrice sur scène nous parle de « sa propre vie », en interprétant le rôle d’une morte, ou si elle est l’une des innombrables idées de l’auteur qui ont fini à la poubelle…

Dans cette pièce, où les mots sont omniprésents, on finit par douter, par douter de ce que l’on voit, de ce qu’on entend, de ce qu’on devine et de ce qui est tu… On ne sait plus quelle est l’histoire qu’on nous raconte…

Mais cela a-t-il vraiment de l’importance ? Au final, peu importe qui nous parle, la douleur causée par la perte d’un être cher, la vacuité de notre existence, la peur de disparaître, d’être invisible et insignifiante aux yeux des autres, sont autant de problèmes et d’angoisses auxquels nous sommes tous être confrontés un jour.

Reste à savoir si notre comédienne, qui a vu son monde s’écrouler, pourra renaître de ses cendres…

Hors jeu, un seul en scène écrit et interprété par Catherine Benhamou, présenté du 13 février au 17 mars 2019, les mercredis, vendredis et dimanches, à 19 heures, au théâtre de la reine blanche, à Paris. Durée : 1 heure.

visuel : affiche

Infos pratiques

le Meur Valerie Anne Pom Pom Pom
La Ferme du Buisson
reineblanche

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