Théâtre

Interview Yves Cusset et Sarah Gabillon: « L’acte de pensée peut être aussi un lieu de vie, de joie et de relation si celle-ci s’entend et qu’elle est partagée »

Interview Yves Cusset et Sarah Gabillon: « L’acte de pensée peut être aussi un lieu de vie, de joie et de relation si celle-ci s’entend et qu’elle est partagée »

08 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Au théâtre de la Contrescarpe, les comédiens Yves Cusset et Sarah Gabillon se donnent la réplique autours de la pièce La philosophie enseignée à ma chouette chaque dimanche de ce mois de Janvier. Un voyage initiatique de Freud à Descartes, en passant par Schopenhauer. Nous les avons rencontrés pour vous après le spectacle.

Quels ont été vos parcours respectifs?

Yves Cusset
J’ai fait de la philosophie et du théâtre. J’ai fait l’école Normale Sup et j’ai obtenu une Agrégation de Philosophie qui a valeur de doctorant. J’ai donc tout fait pour réussir ma vie, pas pour faire le mariole au théâtre (rires).
J’écris des bouquins de plus en plus sérieux, il faut que j’entretienne une image de philosophe sérieux, on ne peut pas être philosophe et pitre!
A l’origine, une «philosophie enseignée à ma chouette» est un ouvrage de philosophie humoriste avec un ton de sketch très prononcé. J’ai aussi été professeur de philosophie et j’apprécie particulièrement théâtraliser mes cours, je préfère donc les cours magistraux aux TD.

Sarah Gabillon
Dès l’age de 13 ans, j’ai toujours aimé faire du théâtre. J’ai débuté par une licence de lettres et j’ai ensuite arrêté pour passer une licence de théâtre. J’ai ensuite déménagé sur Bruxelles pour faire un master dans une école de théâtre. Ensuite avec une amie, on est allé à Montpellier pour faire une école de théâtre. Grâce à ma tante qui me conseillait toujours de faire des stages, j’ai fait un stage de communication à la philosophie.

Comment vous vous êtes rencontrés?

Sarah Gabillon
Mon père était passionné de philosophie, quand j’ai vu qu’il y avait une pièce combinant théâtre et philosophie, j’ai voulu postuler.
Quelques années plus tard, Yves Cusset est venu sur Montpellier et il m’a dit qu’un des comédiens s’était désisté.
J’ai donc repris le rôle, Yves m’a dit que j’avais une tête de chouette, j’ai pris cela pour un compliment (rires).

Quels relations entretenez-vous entre metteur en scène et comédienne?

Yves Cusset
Il n’y a pas de statut ou de rôle. On ne discutait pas beaucoup des détails techniques de la pièce.

Sarah Gabillon
Quand je posais des questions sur le passé de la chouette, Yves me disait que c’était trop compliqué, cela m’a permis de me concentrer sur le jeu et de reprendre les éléments à ma manière.

Yves Cusset
Lors des premières représentations, c’était pas forcément évident. Je devais faire metteur en scène et comédien en même temps, j’étais l’oeil observateur donc en s’occupant de ses deux choses à la fois, cela dépeignait sur le jeu.

Sarah Gabillon
Il a été très rassurant et encourageant.

Yves, Pourquoi t’es tu lancé dans la philosophie?

Yves Cusset
Je me suis souvent posé la question: comment peut-on ne pas en faire?
C’est absurde de faire de la philosophie, c’est mieux de faire du tennis, c’est mieux d’éviter le retour sur soi. Mais comment ne pas se questionner sur le sens de cette grande mascarade qu’est la vie?

Sarah Gabillon
Pourquoi la vie plutôt que la philosophie?

Yves Cusset
Chacun invente ses tampons contre le choc de l’existence. Cela m’est venu de manière informelle. En Terminale, j’ai eu de superbes cours de philosophie avec un professeur qui posaient des questions sérieuses tout en ne se prenant pas au sérieux, je me suis dit que je ferai bien cela!
Quand j’ai enseigné la philosophie au lycée, c’était une période où j’écrivais et je m’autorisai tout, c’était un laboratoire où je m’amusais et les élèves aussi!
Mais l’enseignement est tellement institutionnel par la pression et les notes.
Je me sens beaucoup plus libre sur scène.

Que direz-vous à des personnes qui n’ont pas encore vu la pièce?

Yves Cusset
Ce n’est pas un cours détourné de philosophie, c’est un véritable spectacle humoristique.
Comme tout humoriste, on doit faire rire avec notre propre matériel personnel et me concernant c’est mon bagage philosophique. La philosophie est donc un prétexte à utiliser pour rire de nous même. C’est pour cela qu’il était important de jouer avec quelqu’un qui n’avait pas de formation de philosophie.

Sarah Gabillon
Le spectacle consiste à découvrir sa voie dans la philosophie, se découvrir philosophiquement tout en jouant. Ne pas devenir sérieux parce que l’on se met à penser mais montrer que l’acte de pensée peut aussi être un lieu de vie, de joie et de relation si la pensée s’entend et qu’elle est partagée.

Yves Cusset
L’humour apporte une autre façon de philosopher.

Crédit Images
©Yves Cusset

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Pierre Descamps

Une réflexion sur « Interview Yves Cusset et Sarah Gabillon: « L’acte de pensée peut être aussi un lieu de vie, de joie et de relation si celle-ci s’entend et qu’elle est partagée » »

Commentaire(s)

  • maria hodzaj

    cet article est extra.Le titre est percutant. une vitalité, un humour décalé dans l’interview, une vraie joie.
    une tonalité intelligente!

    janvier 25, 2018 at 20 h 00 min

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