Polars

« Cirque mort » de Gilles Sebhan, polar borderline

« Cirque mort » de Gilles Sebhan, polar borderline

08 janvier 2018 | PAR Jérôme Avenas

Les Éditions du Rouergue publient le premier polar de Gilles Sebhan dans la collection Rouergue noir. Un inspecteur de police est à la recherche de son fils disparu dans une ville traumatisée par le massacre à la hache des animaux d’un cirque. Un coup d’essai réussi.

[rating=3]

On a du mal à croire que « Cirque mort » soit la « première incursion [de Gilles Sebhan] dans le roman noir » tant l’écrivain y apporte quelque chose de personnel, de mature. Ne vous attendez pas au rythme de vos polars habituels, ne vous attendez pas aux dévoilements successifs avec roulement de tambours, ici tout est différent. Relativement court pour ce genre (160 pages), « Cirque mort » ne manque pas de consistance. Premier atout, le plus évident et de très bon augure  : dès le début, on ne veut plus lâcher ce livre, on veut aller jusqu’au bout, d’une traite, et connaître la vérité sur la disparition de Théo. L’enfant s’est volatilisé un an après le massacre à la hache de tous les animaux d’un cirque, carnage qui a profondément choqué la population. Dapper, son père, est officier de police. Pour la première fois de sa vie, il se retrouve du côté des victimes. Une lettre anonyme va le conduire dans une institution pour enfants psychotiques où officie le Docteur Tristan. Le psychiatre est fasciné par ses patients en qui il voit, à contre-courant de la médecine, non pas un « dysfonctionnement » mais « une mutation programmée de l’esprit humain ». L’auteur de la lettre anonyme est un jeune psychotique. Ilyas prétend avoir connu Théo et avoir « des visions de lui ».

Cirque mort est nimbé de brumes. On ne saura jamais dans quelle ville on se trouve, on en saura le moins possible sur le passé des personnages. Seule compte une sorte de présent opaque et gras, seuls comptent des lieux inquiétants que l’on visite avec Dapper en partageant sa détresse, sa colère et son désespoir. À chaque page, on flirte avec les limites, à commencer par la frontière entre protection et violence : «  [Dapper] l’attrapa par le bras, un peu rudement, au cas où il aurait voulu s’enfuir. Ses doigts crispés serraient trop fort. Avec Théo, il se comportait souvent de la sorte, et se le reprochait. Sa volonté de protéger se confondait avec une certaine brutalité, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre. » Aucun personnage n’est épargné, tous sont gouvernés par un désir de transgression : au bout de leur humanité, l’animalité émerge, une inquiétante ménagerie humaine qui donne à « Cirque mort » une saveur particulière.

Gilles Sebhan, Cirque mort, Éditions Le Rouergue (collection Rouergue Noir), janvier 2018, 160 pages, 17 €

visuel : couverture du livre

Interview Yves Cusset et Sarah Gabillon: « L’acte de pensée peut être aussi un lieu de vie, de joie et de relation si celle-ci s’entend et qu’elle est partagée »
Gaël Faure : « J’ai exploré d’avantage » [Interview]
Jérôme Avenas

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *