Théâtre
“Hermann” de Gilles Granouillet, mise en beauté par François Rancillac 

“Hermann” de Gilles Granouillet, mise en beauté par François Rancillac 

08 mars 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

François Rancillac signe pour la future rentrée théâtrale une élégante rêverie sur l’amour lorsqu’il rime avec toujours. 

Hermann est un conte improbable : un matin, la police dépose au service de neurologie d’un hôpital un jeune homme égaré, Hermann ; il ne se souvient que de quelques mots de russe et d’un mystérieux prénom : Olia. En lui faisant passer les premiers tests d’usage, la psychiatre Léa Paule ne sait pas que cette rencontre va bouleverser sa vie et l’entraîner aux confins de la mémoire vers des territoires qui échappent à la raison et au rationalisme de la science.  

Une douce rêverie.

La pièce commence lorsque Léa reconnaît, derrière une porte entrebâillée, un patient rencontré vingt ans auparavant quand elle débutait dans un service psychiatrique dans le Midi. Boris Hermann, jeune homme sans mémoire, apparemment venu de Russie, est une énigme que la pièce va feindre de dévoiler. L’étrangeté d’Hermann, vecteur de la césure, bouscule le couple bourgeois que forment Olia et le riche cardiologue Daniel StreibergOlia abandonnera son confort pour suivre, jusqu’à en perdre la raison, son amant spectral. Le conte ne connaît ni fée, ni loup, ni fantôme mais s’articule par une logique incompréhensible et paradoxale qui se plante facilement dans nos psychés.

Une rêverie hors du temps.

Puisque l’histoire est un rêve, le temps se fige en ondulant sur lui-même.  François Rancillac colle à cette promesse avec une mise en scène chimérique en ombres et lumières ; dans une dimension inconnue entre conscient et subconscient, nous cheminons au sein d’un espace-temps où les territoires se dissolvent dans nos imaginaires galvanisés par la scénographie qui les met à  l’œuvre pour nous inventer des lieux situés dans une extra-territorialité onirique ; le temps reste suspendu, ou plutôt dans une pliure invisible qui devient le pivot insaisissable d’un vortex temporel.  

Claudine Charreyre est formidable

En majorité, les comédiens sont merveilleux dans la création de l’inexpliqué. Un bravo particulièrement appuyé à Claudine Charreyre qui défend avec brio le personnage complexe de Léa. Elle invente l’étrangeté familière de l’héroïne et nous emmène, sans forçage, à l’endroit même du dilemme de la pièce ; elle veut savoir  si lorsque l’amour apparaît, il se constitue d’une réalité scientifique ou d’une hallucination mentale et si elle s’autorise à tout détruire par amour.  

François Rancillac réussit ici un de ses touchants spectacles sous forme d’une rêverie sur l’amour et sur notre envie d’y croire. Il invente en nous cette foi. 

 

Hermann de Gilles Granouillet (Edition L’Avant-Scène Théâtre, 2013),  Mise en scène François Rancillac

25 et 26 mars à Espace culturel Albert Camus du Chambon-Feugerolles, en co-accueil avec la Comédie de Saint-Etienne/CDN (42) / 7 avril à La Maison des Arts du Léman, scène nationale de Thonon-Evian (74) / 13 avril Espace St Exupéry de Franconville (95) / 15 avril au Théâtre Victor Hugo de Bagneux (92) / 6 mai à l’Onde à Vélizy-Villacoublay (78) / Tournée en 21/22 : Scène nationale de Dieppe, Théâtre d’Aurillac, Théâtre de Roanne,

Crédit Photo :© Christophe Raynaud de Lage

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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