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Si la guerre de Troie m’était contée en moins de deux ! Une version dépoussiérée de l’Iliade au théâtre 13 / Jardin !

Si la guerre de Troie m’était contée en moins de deux ! Une version dépoussiérée de l’Iliade au théâtre 13 / Jardin !

07 mai 2018 | PAR Magali Sautreuil

Si vous ne connaissez pas vos classiques, il est temps de vous mettre à jour ! Grâce à la compagnie du théâtre du Mantois, vous serez incollables sur la guerre de Troie en un rien de temps ! Pas de lecture fastidieuse, mais une pièce pêchue et drôle au théâtre 13 / Jardin ! Vous avez jusqu’au 10 juin 2018 pour saisir cette occasion !

affiche

La guerre de Troie, on la connaît plus ou moins à travers les écrits d’auteurs grecs tels qu’Euripide, Hésiode, Homère, Sophocle, Virgile…, encore faut-il se lancer dans leur lecture… et « La guerre de Troie (en moins de deux !) » pourrait vous y aider !

La pièce tente en effet de retracer l’ensemble des récits liés à la guerre de Troie, de ses prémices à son dénouement, et ce, en moins d’une heure et demie ! Un pari audacieux pour une épopée aussi dense ! Mais la compagnie du théâtre du Mantois parvient à retranscrire les moments les plus fort de cette fresque épique, de manière ludique et légère, sans perdre une miette de la richesse du récit. Autre coup d’éclat, elle réussit à jongler avec plusieurs personnages, pourtant interprétés par les mêmes comédiens, sans perdre le spectateur.

Nous assistons ainsi à l’histoire de l’enlèvement de la belle Hélène et de ses conséquences en cascade. Hélène est ici interprétée par… une poupée Barbie ! Ce parti pris n’est pas inintéressant. La fille de Léda est réduite à un simple objet que l’on se dispute, ce qui est plus ou moins son rôle pendant la guerre de Troie…

Sans réellement être présente, elle est au cœur de ce récit choral endiablé, à l’humour décalé, parfois grotesque.

Les sept comédiens présents sur scène déploient une énergie des plus folles pour donner vie à cette épopée découpée en 24 épisodes « comme autant de chants dans l’Iliade » (note d’intention de la compagnie). Chacun d’entre eux est doté d’un titre comme dans une série courte, ce qui impulse une certaine dynamique au récit.

Autre emprunt à la Grèce antique, l’épopée est déclamée à la troisième personne et chantée par moment. Mais elle n’est pas accompagnée à la lyre, comme dans l’Antiquité, mais au piano et à la guitare électrique. Les sonorités orientales de la musique aident à situer l’action en Méditerranée. Les quelques moments chantés ponctuent le récit de manière sporadique, mais suffisante. Le duo composé d’Héra et Athéna, ruminant leur vengeance contre Pâris est particulièrement bien senti. La musique qui accompagne la pseudo-folie d’Ulysse traduit bien un état d’esprit dérangé. Après avoir vu cette pièce, vous aurez peut-être d’ailleurs un peu moins de sympathie pour le roi d’Ithaque !

Si les costumes des comédiens sont neutres. Les jupes et les sandales à lanières évoquent ceux des Grecs de l’Antiquité, de même que les drapés. Certains accessoires sont anachroniques (revolver, tenues de GI, tour de cou à plumes…) et confèrent à la pièce un aspect intemporel. En effet, les thèmes présents dans l’Iliade, tels la jalousie, la guerre et ses sacrifices, la colère… trouvent un écho particulier à notre époque. C’est d’ailleurs un des leitmotiv de la compagnie : « utiliser des histoires d’autrefois pour parler d’aujourd’hui ».

Les accessoires jouent un autre rôle crucial dans la pièce : ce sont eux qui permettent de distinguer les différents protagonistes et qui rythment les différents moments de l’histoire. En effet, le décor est plutôt minimaliste, laissant ainsi la part belle au récit et au jeu d’acteurs. Il se compose d’une table, qui fait également office de praticable et de quelques chaises, qui, le moment venu, se métamorphoseront en cheval de Troie !

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Visuel : Laure Ricouard.

La scène est ainsi transformée en plateau de cinéma ou en piste de cirque, au choix, où se déploie joyeusement notre bande de saltimbanques, ou devrais-je dire de fiers héros et guerriers.

Les onomatopées, très réussis (les moutons qui assaillent Ajax, la fermeture éclair de la tente…), aident également à imaginer facilement le décor. Petit bémol pour le cygne toutefois : Léda, alanguie sur la table, est bien plus convaincante par sa grâce que Zeus !

Le jeu des comédiens est parfaitement millimétré : Le traitement des corps dans l’espace quasi chorégraphique est associé à une diction parfaite. La mort tragique d’Iphigénie est un des plus beaux tableaux de la pièce. Toute vêtue de blanc, elle tombe à la renverse. Les chutes sont d’ailleurs parfois assez spectaculaires dans la pièce (On se demande comment ils font pour ne pas se blesser).

Mais la tragédie n’est en aucun cas un des ressorts de la pièce qui mise avant tout sur l’humour. Par exemple, les apparitions du devin Calchas transportent la scène dans un bouge malfamé. On le verrait bien comme indic’ pour la police ou conseiller pour la mafia ! Le combat entre Hector et Achille, au pied de la muraille de Troyes, se transforme en joute verbale, en duel de chiffonniers digne d’une cour de récréation où deux loustics s’insultent de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables.

L’humour, omniprésent dans la pièce, lui donne un côté décalé qui, associé à la simplification de l’épopée grecque initiale, donne une réelle dimension pédagogique au spectacle. Fidèle à la volonté de la compagnie de proposer un théâtre à la fois exigeant et populaire, accessible aux plus jeunes, la pièce permet non seulement d’initier les plus jeunes et ceux qui n’y connaissent rien à la mythologie grecque, mais aussi de leur donner envie d’en découvrir davantage. Et même si vous connaissez par cœur vos classiques, ce spectacle vous offrira un autre regard, tout aussi plaisant.

Même si la tension de la guerre et le côté épique disparaissent au profit du burlesque, « La guerre de Troie (en moins de deux !) » n’en demeure pas moins un excellent spectacle à découvrir, seul, entre amis ou en famille, quel que soit votre âge !

Informations pratiques :

Titre : « La guerre de Troie (en moins de deux !) ».

Genre : Épopée tragi-comique conseillée à partir de neuf ans.

Texte : Eudes Labrusse.

D’après : Euripide, Hésiode, Homère, Sophocle, Virgile…

Mise en scène : Jérôme Imard et Eudes Labrusse.

Production : Compagnie du théâtre du Mantois (Île-de-France).

Scénographie, costumes, accessoires : Cécile Pelletier.

Lumières : Laurent Bonacorsi.

Musique (piano / guitare) : Christian Roux.

Avec : Catherine Bayle, Audrey Le Bihan, Hoa-Lan Scremin, Laurent Joly, Nicolas Postillon, Loïc Puichevrier, Philipp Weissert.

Lieu : Théâtre 13 / Jardin – 103A boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris (Métro ligne 6 ou bus 21 arrêt « Glacière »).

Dates et horaires : Du jeudi 2 mai au dimanche 10 juin 2018, du mardi au samedi à 20 heures et le dimanche à 16 heures.

Durée : 1 heure 20 sans entracte.

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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