Théâtre
[Francophonies, ITW] Sergio Grondin et David Gauchard : « Savoir quels mythes entourent nos origines »

[Francophonies, ITW] Sergio Grondin et David Gauchard : « Savoir quels mythes entourent nos origines »

02 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Aux Francophonies, dans Kok batay, l’un vibre devant nous et nous conte une histoire qui ressemble à sa vie. L’autre accompagne cette découverte. Deux artistes réunis par leur envie de rendre certaines cultures très actuelles, en gardant en tête le passé. Rencontre.

Le descriptif du spectacle le présente comme une « autobiographie réinventée ». Sergio, vous êtes originaire de l’île de la Réunion, et vous avez grandi avec les mythes de cette terre* . Eprouvez-vous le besoin, pour être artiste, de vous constituer vous-même en mythe ? ou en réceptacle à mythes ?

kok-V-Meigne-59[1]Sergio Grondin : C’est une question complexe, qui touche à la Réunion elle-même, dont l’histoire est encore jeune. Les mythes qui y sont présents sont ceux de l’esclavage : certaines montagnes ont des noms d’esclaves. Dans les figures très célèbres, on a par exemple Madame Desbassayns [grande propriétaire ayant vécu près d’un siècle (1755-1846), dont les terres étaient cultivées par des esclaves]. Le pays a une mémoire courte, et a tendance à entretenir l’amnésie. Mon travail consiste à retourner à la culture tellurique de l’île, dont certains pans mythologiques sont complètement niés. Pour connaître nos origines, on doit savoir quels mythes les entourent. Ceux-ci peuvent ensuite nous survivre.

Le spectacle est également présenté comme un « récit combat ». David, quelle signification a pour vous le mot « combat », et dans quelle direction avez-vous travaillé pour faire apparaître cet aspect dans la mise en scène ?

David Gauchard : Pour moi, le mot « combat » est à prendre, dans ce spectacle, au pluriel. On raconte l’histoire de ce boxeur, mais aussi l’histoire de l’île, l’histoire d’un français… Et le combat intérieur du personnage principal. Au niveau de la mise en scène, j’ai procédé par équations. Le carré, c’est l’enfermement. On peut presque y voir un endroit psychiatrique. Mais en même temps, il fait penser à un ring. L’eau convoque l’aspect minéral pour donner l’impression d’une terre en colère. Le brumisateur actionné par Sergio vient symboliser ses soulèvements. J’ai aussi travaillé sur le fantasme : les clichés de la boxe, pour donner une vision « Rocky Balboa » du combat de son père… Enfin, la musique de Kwalud mêle electro moderne et musique traditionnelle réunionnaise. Car nous voulions parler d’une réalité actuelle.

Sergio, le texte que vous prononcez a-t-il été écrit à l’avance ?

Sergio Grondin : Le texte est écrit au mot près. Il était important qu’il le soit. Si on veut que la Réunion ait enfin une culture contemporaine, en même temps chargée de ses mythes fondateurs, on doit enrichir cette culture de certaines choses. Je crains la muséification. L’écriture théâtrale accueille bien, selon moi, le mythe, car elle reste très contemporaine.

Toujours pour vous, Sergio, on note des différences dans votre ton, entre les moments intenses et les passages de récit. Lors de ces derniers, vouliez-vous montrer que vous jouiez ?

gauchard-david_PF4244Sergio Grondin : Je rappelle parfois que je suis un comédien qui raconte. Afin que tout ne se joue pas dans le viscéral.

David Gauchard : Un mélange a été opéré, entre vrai et faux. C’est que le personnage, comme Sergio d’ailleurs, cherche à cerner son identité. L’histoire n’est donc pas totalement linéaire. On avance au fur et à mesure, avec lui, entre vrai et faux. Cette alternance nous a aussi permis de créer un rythme. Et vers la fin, le personnage, puis Sergio, disent leur âge. Ils sont réparés. Ils ont compris quelle était leur origine. Désormais, ils connaissent la vérité.

David, vos projets s’effectuent parfois en plusieurs étapes. Allez-vous continuer de travailler avec Sergio, sur le conte et sa modernité ?

David Gauchard : Oui. Nous revenons de Roumanie. Bientôt nous créerons Les Chiens de Bucarest. Je fais une infidélité à ma compagnie, l’Unijambiste, pour travailler avec Karambolaz, la compagnie de Sergio. Le spectacle Kok batay n’a pas constitué juste une commande : ç’a été une rencontre. Sur scène comme en dehors.

Propos recueillis par Geoffrey Nabavian.

(*De la même façon, Jean Lambert-wild, nouveau directeur du Théâtre de l’Union de Limoges, a grandi à la Réunion, et se plaît aujourd’hui à raconter son « autobiographie fantasmée ».)

Visuels : Sergio Grondin dans Kok batay © Virginie Meigné

Portrait David Gauchard © Patrick Fabre

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