Théâtre

La flamboyante décompensation de Hélène Viviès dans J’ai bien fait ? de Pauline Sales.

La flamboyante décompensation de Hélène Viviès dans J’ai bien fait ? de Pauline Sales.

18 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans la Salle Copi de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes Pauline Sales crée dans un mise en scène efficace une pièce contemporaine écrite par elle et destinée à chacun de nous: J’ai bien fait? 

 

 

 

 

À l’occasion d’un voyage scolaire à Paris, un événement provoque coupure et expérience révélatrice pour Valentine, 40 ans, professeure de français. Elle s’effondre et s’interroge sur son époque mais aussi sur sa responsabilité de femme, de mère, d’enseignante ou encore de citoyenne.  L’atelier de son frère artiste plasticien où elle se réfugie sera le lieu d’échanges denses et brillants entre le frère et la sœur, entre l’épouse et le mari entre la professeure et l’ancienne élève. À chaque fois traversés  avec force par la désillusion de Valentine, grosse d’une violence qui semble enfin se libérer. 

Valentine voulait croire à sa mission de mère de professeur et de citoyenne. Mais lorsqu’elle organise la rencontre entre un réfugié et sa classe, les élèves se font agresser et dépouiller par les réfugiés de la chose la plus importante de leur univers : leur téléphone portable. Ce jour-là le bouquet de croyances optimistes et vertueuses de Valentine s’effondre dans son vase mental. Elle qui croyait bien faire décompense dans un acting aussi drolatique que dramatique : elle décide d’abandonner sa classe dans une cave après les avoir drogués.

Pauline Sales généreuse sans prétention et sans certitudes déplie ses cogitations. Elle nous parle du génome de Néandertal pour nous dire que les humains modernes se sont rencontrés et mélangés, il y a 100 à 200 000 ans, avec les hommes de Néandertal. Elle nous parle des attentats pour nous (re)dire notre sidération et nos questions restées sans réponse sauf celles réductrices et simplistes. Elle nous parle de cette déception croisée des générations qui se succèdent, chacune préméditant de se rabattre sur l’autre, l’une toujours disqualifiant l’autre. Elle nous parle des réfugiés pour nous dire que rien n’est plus candide que le refus de les accueillir sauf l’envie romantique et naïve de les mythifier. Elle nous parle aussi de l’art contemporain, de la course de nos sociétés broyées par le dictât de la jeunesse et la primauté des pathos. Elle aborde aussi la difficulté de faire couple aujourd’hui dans un monde qui se cherche et attend peureux une catastrophe à venir. Elle nous parle de création. 

La première force de la pièce réside dans l’étendue de son propos et corollairement de son public, le sujet est actuel, contemporain; il s’adresse à chacun de nous. La deuxième force est dans la mise en scène efficace. Enfin la pièce est affermie par les jeux admirables des quatre comédiens. En particulier l’interprétation flamboyante de Hélène Viviès (elle fut Sarah Kane de Psychose 4:48) qui défend un personnage se rêvant de se tenir encore debout alors que le bord de sa crise de nerfs est franchi.

J’ai bien fait ?

de Pauline Sales

La Tempéte, Salle copi.

Crédits Photos © Tristan Jeanne Valès

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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