Théâtre

Hypnotique « 4.48 Psychose » de Sarah Kane au Théâtre Studio d’Alfortville

Hypnotique « 4.48 Psychose » de Sarah Kane au Théâtre Studio d’Alfortville

18 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Christian Benedetti reprend dans son Théâtre Studio d’Alfortville l’oeuvre ultime de Sarah Kane. Sa mise en scène délicate et le jeu incarné d’Hélène Viviès font entendre la richesse du texte. 

Dernier texte de Sarah Kane, Psychose 4.48 est l’ultime tissage d’une oeuvre littéraire tout à fait unique. Sarah Kane se définissait comme une artiste occupée par l’exploration d’une forme théâtrale inédite. Elle écrit 4.48 Psychose sous dépression et sous médicaments. La pièce sera son manifeste testamentaire. La dramaturge anglaise l’écrit en 1999 avant de se pendre, à 28 ans, dans l’hôpital psychiatrique où elle est internée.

Le texte est d’une beauté inouïe par son intensité. La langue varie entre naturaliste, poésie et mystére. La pièce est dérangeante car elle est tout à la fois une note de suicide et un hurlement de douleur sans concession. Elle est aussi la parole de la psychose lorsque celle-ci sait affronter sans voile la réalité. Elle est aussi un manifeste pour l’amour.

Homélie à la vie

Au début des années 2000, Christian Benedetti découvre, favorisé par Edward Bond, l’auteure anglaise qu’il décrit comme une femme très douce passionnée par la création théâtrale, et qui exigeait l’attention des autres. Benedetti crée le 5 novembre 2001 la toute première adaptation francaise de l’oeuvre aux 24 fragments. On se souvient aussi en 2002, de l’adaptation de Claude Régy avec Isabelle Huppert.

Le retour aujourd’hui de Christian Benedetti sur ce texte continue de fabriquer une référence dans l’écriture du personnage. Il adapte le texte sur un versant d’une fausse distanciation et de l’amour. Héléne Viviès joue la soif d’amour et l’impossibilité d’aimer. Elle joue aussi la joie de dire et de comprendre. La comédienne est étonnante dans une performance où la virtuosité se fait oublier au profit d’un respect et du texte et de ses intentions. Ce texte retrouve grâce à elle l’intensité d’une prière.

Les changements de rythme et la pureté du verbe le transforment en un texte quasi-sacré, une homélie à la vie. Viviès parvient à restituer et l’inclinaison suicidaire de la malade et l’absurde solitude du psychiatre. Elle sait aussi crier l’envie radicale d’amour de Sarah Kane. Son geste apporte au texte sa véritable dimension, une réflexion méfiante et en même temps romanesque sur l’amour. Parfois une passion embrase l’individu à le détruire. Héléne Viviès alias Sarah Kane est traversée par une passion désenchantée pour la vie.

C’est épatant. A ne pas rater.

4.48 PSYCHOSIS
Texte Sarah KANE, mise en scène Christian Benedetti
Avec Hélène VIVIÈS

du 16 mai au 9 juin 2018 à 20h30

Studio Théâtre
16 rue Marcelin Berthelot 94140 Alfortville
En métro : Ligne 8, Station École Vétérinaire, Maison-Alfort
Le Théâtre-Studio n’est malheureusement pas fléché depuis le métro, il est donc conseillé de vous munir d’un plan.
En bus : 103, 125, 325 & 24
À vélo : accès rapide, agréable et avec peu de circulation…
En Autolib : Alfortville / Charles de Gaulle

Agenda du week-end du 18 au 21 mai
« Un couteau dans le cœur », liberté et parenthèse enchantée par Yann Gonzalez – Cannes 2018, Compétition
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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