Théâtre
Festival OUI ! : Barcelone accueille le théâtre français

Festival OUI ! : Barcelone accueille le théâtre français

19 février 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Durant une douzaine de jours, du 5 au 17 février, la capitale catalane a parlé français, avec la présentation de sept spectacles dont deux créations données en première mondiale, des rencontres, des lectures et un prix de la meilleure critique. 

La quatrième édition du festival Oui ! s’est terminée le 17 février à Barcelone. Le festival voulu (et merveilleusement orchestré) par ses cofondateurs Mathilde Mottier et François Vila fait entendre le théâtre francophone ; y sont mêlés les écritures et les publics. Oui ! se répartit dans sept lieux de la ville de Barcelone, programme une quinzaine d’événements, dont six pièces francophones, des propositions en français d’artistes liés à la Catalogne, ainsi que des lectures, des rencontres et des ateliers. « Ce festival a un rayonnement dans toute la ville », confirme le nouveau directeur de l’Institut français Max Vasseur, arrivé à Barcelone en septembre dernier. L’événement s’est ouvert avec la représentation de Gibraltar, une pièce sur la douloureuse réalité des migrants, vue par les Africains eux-mêmes. Un spectacle qui a largement enthousiasmé le public de Barcelone. La pièce de clôture fut : Je vole… le reste je le dirai aux ombres.

La pièce écrite par Jean-Christophe Dollé créée en janvier 2018 est mise en scène par l’auteur et Clotilde Morgiève. Ce couple d’artistes, cofondateurs de la compagnie Fouic Théâtre, habitués à présenter leurs créations dans le Off d’Avignon, ont présenté en 2019 Abîmés, un spectacle sur le thème de l’exil. Dans Je vole… (Off 2018), ils s’attaquent à la question irrésolue alors que si mystérieuse, du suicide.

On regrettera un défaut de narration que cet article annule. Nous ne comprenons que trop tard que le suicidé est aussi le tueur de Nanterre. Nous sommes le 28 mars 2002, 10h30. Richard Durn se jette par la fenêtre de la salle d’interrogatoire du 36 quai des Orfèvres, et durant une seconde, dans sa tête, tout reprend vie, les personnages du quotidien, les rencontres d’un soir, les héros imaginaires : sa mère, son seul ami, la vendeuse d’armes, le professeur d’art dramatique, Roberto Zucco, l’amoureuse de Bosnie, Robocop, l’adjointe au maire et Brad Pitt. La pièce dure ce que dure cette seconde. Elle ouvre le journal intime de Richard pour y chercher, inconscient à ciel ouvert, une raison au déraisonnable. Elle déplie le traumatisme avec au centre les humiliations avérées ou hallucinées. Par flash-back, le texte captivant revisite le parcours d’un homme mal aimé, pas aimé, qui rêvait de voler et qui finit défenestré ; qui se voulait vertueux et qui a commis un carnage lors d’un conseil municipal à Nanterre. Les motifs théâtraux du magicien Arthur Chavaudret nous accompagnent dans cette anamnèse.

La pièce est un remarquable docu-fiction sous forme d’une enquête psychanalytique qui ne trouvera aucun mobile sinon plusieurs, qui n’expliquera rien sinon une humanité morcelée aux accents souvent poétiques. Le geste spectaculaire s’embellit de finesse, car le héros Richard n’est présent que par les paroles d’autres. Parmi eux, des personnages émouvants et attachants. En particulier, ceux créés par Clotilde Morgiève, comédienne épatante. 

 

Je vole… et le reste je le dirai aux ombres.

de Jean-Christophe Dollé

mise en scène par Jean-Christophe Dollé et Clotilde Morgiève. 

Visuels : © JC Lemasson

Laurent Naouri : « la vie c’est l’art des rencontres (*) ».
La Soirée DeWolff, du Rock Made in Pays-Bas
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *