Théâtre

[Festival d’Avignon] « Notre peur d’en être » : la force plastique de Fabrice Murgia au sommet

[Festival d’Avignon] « Notre peur d’en être » : la force plastique de Fabrice Murgia au sommet

22 juillet 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Je ne cherche pas à faire de grands sujets, je suis dans l’instantané. Je ne suis pas dans la démarche de travailler trois ans un sujet. Je fais des choses intuitives » Fabrice Murgia, enfin 30 ans, nous confie cela en 2012.  Aujourd’hui le « jeune » metteur en scène arrive enfin au Festival d’Avignon avec un spectacle qui marque une nette progression, toute en filiation, dans son travail de forme. Notre peur d’en être est une grosse claque.

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Si les journalistes passent leur temps à pointer l’âge du metteur en scène Belge c’est peut-être parce que l’on est à chaque fois saisis par l’actualité de son geste. Pour parler des sujets qui le passionnent, il passe toujours beaucoup plus par la forme que par le fond. Né dans les années 80, la télévision, les séries, le ciné, les pubs sont son ADN créatif.

Depuis 2009 et la révélation, alors au Off d’Avignon du Chagrin des Ogres, il n’a cessé de traiter des sujets très contemporains et la solitude, objet de Notre peur de n’être apparaît comme la suite extrêmement aboutie de son premier spectacle.

 Dans un décor plastique qui atteint des summums d’esthétisme, on perçoit un appartement que l’on pense au départ contigu. Vite on réalise que de tournette en filtre, il nous abuse. Nous sommes face à plusieurs histoires qui ne semblent pas se croiser. Il y a l’homme qui est largué après 22 ans de vie commune et il y a Sarah qui dicte sa vie sur enregistreur vocal. Il y a la mama dépassée par son fils qui vit enfermé. Il y  a trois solitudes dévorantes où, contrairement à son travail dans Life : Reset ou dans Les enfants de Jéhovah, ici, de rares éléments extérieurs viennent ajouter de la solitude à la solitude. Pas de télé, pas  de dogme.

Murgia est un amoureux fou des techniques théâtrales. Il s’amuse à manier des vieux « trucs », telles des portes qui bougent poussées par des hommes avec de la vidéo live tout à fait cinématographique. Il ose tout plastiquement, cherche et atteint le spectacle parfait à la froideur radicale.

Idée géniale ici. Ces trois âmes sont accompagnées de sortes d’anges gardiens qui servent sur le plateau de voix off. Le texte est simple, dit avec une platitude volontaire. Tout est là pour que le geste l’emporte dans une volonté assumée de montrer l’acte, de faire violence avec une image plutôt qu’avec de longs monologues.  Il y a un mec sur ses chiottes, une femme à ses pieds. Il y a la mère qui jette des pâtes par terre. Il y a une mort aussi sans esbroufe qui nous amène dans la folie de deux solitudes qui s’associent.

Notre peur d’en être est un spectacle contemporain désabusé où les hommes fonctionnent comme des robots dans une scénographie sombre, où des halos de lumières mettent l’accent sur un moment.

Enfin un spectacle extrêmement construit, resserré et précis. Il est temps d’arrêter d’être surpris par le talent de Fabrice Murgia.  On le retrouve maintenant en route vers l’abstraction la plus subtile. Il est un grand metteur en scène, qu’importe son âge, il faut depuis longtemps compter avec son talent et cela n’est pas fini.

Retrouvez le Dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction.

Visuel : © Jeff Wall – After ‘Invisible Man’ by Ralph Ellison, the Prologue 1999-2001 transparency in lightbox – 174.0 x 250.5 cm – Courtesy of the artist

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