Théâtre

« Excusez-nous si nous ne sommes pas morts en mer » de Emanuele Aldrovandi pour la Mousson d’Été.

« Excusez-nous si nous ne sommes pas morts en mer » de Emanuele Aldrovandi pour la Mousson d’Été.

27 août 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Au milieu de la foisonnante et joyeuse palette de la Mousson d’Été, l’auteur italien Emanuele Aldrovandi galvanise définitivement l’atmosphère du festival avec Excusez-nous si nous ne sommes pas morts en mer, un road movie maritime déjanté.

Fondée en 1995 par Michel Didym, son directeur artistique, La Mousson d’été constitue l’un des événements européens majeurs pour la découverte de nouvelles écritures dramatiques. Pendant sept jours, au cœur de la Lorraine, l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui. Ainsi, d’Italie nous vient dans la sélection 2018 un auteur précieux.

Emanuele Aldrovandi est né en 1985 à Reggio Emilia en Italie. il étudie l’écriture dramatique à l’école de théâtre Paolo Grassi de Milan. En 2013 il remporte avec Homicide House en Italie le plus prestigieux prix jeunes auteurs puis avec Felicita le prix Luigi Pirandello ou le prix Fersen pour Il generale ou encore les prix Mario Fratti et Hystrio pour Farfalle. On l’aura compris. Aldrovandi est un jeune talent à connaitre et à suivre. La Mousson lui offre l’opportunité de présenter son dernier texte traduit par Federica Martucci et Olivier Favier sous forme d’une lecture mise en scène par Ivica Buljan.

L’intérieur d’un container avec au centre quelques palettes empilées; la crise économique a transformé l’Europe en un continent d’émigrants. Des citoyens européens tentent de rejoindre clandestinement des pays plus riches. Deux européens, le Robuste et le Grand, une jeune femme d’Afrique du Nord, la Belle, et le propriétaire du container, le Gras sont les quatre inconciliables participants d’une de ces odyssées contemporaines. Le voyage sera dur, il sera aussi un mirage et un cauchemar. L’aventure est drôle aussi. Cependant, il ne s’agit pas d’une farce à l’italienne. L’écriture de Aldrovandi – c’est un de ses talents – oscille entre le burlesque et le grave. Une bonne surprise nous attend encore: la pièce, après s’être assurée de notre complète et bienveillante adhésion, bascule en une aventure fantastique, onirique et à la poésie radicale. La rupture réussie du récit signe un remarquable talent de l’auteur.

Les comédiens défendent la proposition avec la même passion que le public la reçoit. Alain Fromager, merveilleux incarne un aventurier improbable. Charlie Nelson un truculent trafiquant bonhomme, Johanna Nizard une flamboyante femme de caractère tandis que Didier Manuel défend son personnage entre timidité et malice. Chacun possède ce talent de jeu qui articule son rôle par le faux semblant tout en le maintenant plausible. Et ce plausible est bien le cadeau fait par le texte et les acteurs au public. Au sein de ce plausible, et nous ne le spolierons pas, émergera une délirante divagation à hurler de rire. La plume de Aldrovandi, écrivain prodige du débordement est une magnifique découverte de cette édition de la Mousson d’été.

Excusez-nous si nous ne sommes pas morts en mer de Emanuel Aldrovandi à la Mousson d’Été 2018 à l’Abbaye des Prémontrés, Pont à Mousson.

 

Crédit photo (c) Eric Didym

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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