Théâtre

Le Dîner en ville d’Angot et Brunel s’installe à La Colline

Le Dîner en ville d’Angot et Brunel s’installe à La Colline

14 mars 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Créé en novembre dernier à la Comédie de Valence, joué depuis dans cinq théâtres nationaux, Dîner en ville prend enfin place sur les lieux de son action – la scène culturelle parisienne. Sans pour autant créer le scandale annoncé.

Précédé de l’aura quelque peu écornée de Christine Angot, Dîner en ville se présente, au fil de ses notes de programme et dès ses premiers échanges, comme un portrait incisif et acéré de l’élite culturelle parisienne, voire un réquisitoire contre cet entre-soi et les mécanismes de pouvoir qui s’y exercent. Le résultat ne ressemble pas exactement à ce jeu-de-massacre annoncé, et ne confirme pas pour autant le soupçon de complaisance dont pouvait faire objet l’auteure. S’il n’a pas la férocité qu’il aurait pu receler, le texte d’Angot ne manque cependant pas d’acuité, et la violence qui s’y joue, feutrée, anecdotique, échappe à la caricature sans pour autant toucher toujours juste. La mise en scène de Richard Brunel, tirée au cordeau, et la distribution remarquable, déploient heureusement avec une efficacité remarquable sa force de frappe.

Le dîner bourgeois auquel se rend Cécile, incarnée avec la grâce habituelle d’une Emmanuelle Bercot dosant savamment la diction angotienne, rassemble trois versants d’une élite culturelle moins bobo que gauche caviar : le cinéma et la mode, à qui le Régis de Jean-Pierre Malo prête un dandysme grinçant ; le théâtre, où officie la Florence de Noémie Develay-Ressiguier, avenante directrice d’une scène en Île-de-France ; et la médecine, à qui Valérie de Dietrich prête des traits aristocratiques mais aussi une humanité bienvenue. Le compagnon de Cécile, ingénieur du son au chômage, a la rage rentrée et la naïveté solaire de Djibril Palvadé : lui seul perçoit son inadéquation, ainsi que l’inadéquation de tout artiste, à ce milieu qui semble n’avoir pour but, en prétendant aimer l’art, que de l’étouffer et de le plier à ses attentes. C’est de loin la partie la plus réussie de la pièce, celle qui rappelle la différence entre art et culture, beau et bon goût. Peu importe, alors, que le hors-champ des inégalités sociales, ou la mention du vote FN, ne trouvent pas pareil écho par la suite. Moins cruel que doucement désespéré, le tableau n’en est pas pourtant résigné.

Car si chacun exerce une forme de pouvoir sur l’autre, ou fait montre, derrière des atours bienveillants, d’un mépris de classe certain, il ne le fait ni consciemment, ni avec une volonté affichée de nuire. Sans tirer de conclusions sur les racines du masochisme et du sadisme bourgeois, ou sur le potentiel subversif du couple mixte, le texte d’Angot laisse ouverte la possibilité du dialogue. Et fait montre d’un optimisme qu’on pensait – à tort ?- étranger à son œuvre.

Théâtre de la Colline
15, rue Malte-Brun, Paris 20e
du 6 mars au 1er avril 2018 dans le Petit Théâtre
du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
durée1h20
texte Christine Angot mise en scène Richard Brunel avec Emmanuelle Bercot Cécile Valérie de Dietrich Marie Noémie Develay-Ressiguier ou Julie Pilod Florence Jean-Pierre Malo Régis Djibril Pavadé Stéphane
son Michaël Selam lumières Victor Egéa scénographie Gala Ognibene costumes Benjamin Moreau assistanat à la mise en scène Alex Crestey conseil dramaturgique Catherine Ailloud-Nicolas régie générale Nicolas Hénault, Salomé Laloux-Bard réalisation costumes Dominique Fournier construction décor Ateliers de La Colline – théâtre national chef constructeur Didier Kuhn production La Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche
coproduction La Colline – théâtre national, La Manufacture – Centre dramatique national Nancy Lorraine, Scènes du Golfe – Théâtres Arradon-Vannes avec le concours du Paris des Femmes – Scène d’auteures

Le spectacle a été créé le17 novembre 2017 à La Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche.
Scène nationale d’Alès le 3 avril 2018 aux Scènes du Golfe – Théâtres Arradon-Vannes

Visuel : ©Jean-Louis Fernandez

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Suzanne Lay-Canessa

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