Théâtre
Des hauts et des bas à Sarajevo et Athènes [Festival d’Avignon 2017]

Des hauts et des bas à Sarajevo et Athènes [Festival d’Avignon 2017]

15 juillet 2017 | PAR Christophe Candoni

Présentée au Festival d’Avignon, la double création du jeune et énergique collectif le Birgit Ensemble se montre hyper documentée mais trop composite et volontaire pour convaincre. 

En 1811, Beethoven composait Les Ruines d’Athènes, c’est le titre donné à la seconde pièce que propose le Birgit Ensemble tandis que la première s’ouvre en grande pompe sur un extrait du dernier mouvement de sa Neuvième Symphonie, la très fameuse Ode à la joie, hymne claironné par les dirigeants européens trinquant au champagne pour fêter la signature du Traité de Maastricht en 1992. L’Europe, les espoirs comme les désillusions qu’elle suscite, sont au cœur du propos.

Vaste et passionnant sujet que celui dont s’emparent Julie Bertin et Jade Herbulot pendant presque cinq heures de représentations qui mènent de la Bosnie-Herzégovine sous les bombardements à la Grèce contemporaine en proie à la crise économique. Elles ont sûrement vu trop grand mais le symbole est important : Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes sont les deux derniers volets d’une tétralogie entamée il y a quelques années. Le choix de cette forme antique inscrit le travail dans la grande filiation du théâtre politique et dionysiaque tel qu’il est né conjointement à la démocratie dans l’Athènes du Vème siècle avant Jésus-Christ.

Anciens camarades du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, les artistes interrogent l’identité européenne. Rien de plus évident quand on est issu d’une génération qui, enfin, ne semble plus souffrir de l’étroitesse du petit milieu théâtral mais s’ouvre sur l’ailleurs, bouge, gravite, à la vitesse du monde d’aujourd’hui. L’ambitieux processus de recherche et de création s’apparente à une investigation nourrie de livres, d’archives, de voyages, de rencontres.

Sur quelle matière théâtrale ce travail pléthorique allait-il déboucher? C’est là que l’on devient plus critique tant les spectacles présentés paraissent longs et laborieux, peu justes ou trop univoques dans le traitement des situations et des personnages. Pour preuve, la construction binaire des pièces, surlignées par le dispositif scénographique. Il y a le haut et le bas. Surplombante, la classe dirigeante réalise des négociations tendues et musclées. Une mondanité factice ne cache pas une certaine fébrilité; en-dessous, le peuple, victime d’exclusion et de précarité. Sarajevo assiégée est devenue un ghetto, une enclave. Ses habitants vivent sous la menace constante, reclus dans un espace précaire, privés d’eau et d’électricité. A Athènes, ils sont les pions éjectables d’une émission de télé-réalité «Parthénon Story» qui implique fortement le public. Le ton employé est un peu vert, il oscille et se perd entre grand discours, logorrhée lyrique, distance ironique, pathos, et théâtre de boulevard.

La jeunesse ne se montre pas totalement résignée et dégage malgré son avenir incertain un besoin de vivre coûte que coûte. Elle sera fatalement, injustement perdante. A la fin de la première partie, des corps sans vie jonchent le sol. La Mère Europe présentée en pythie éructante sous acide chante Nirvana et pleure les enfants qu’elle a perdus.

Visuel (c) Christophe Raynaud de Lage

Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes

Birgit ensemble

Gymnase Paul Giéra

Du 9 au 15 juillet 2017 à 17h et 20h30

Durée : 2h45 chaque spectacle

© Christophe Raynaud de Lage

 

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