Théâtre
[AVIGNON OFF] Braise et cendres au théâtre du Petit Louvre

[AVIGNON OFF] Braise et cendres au théâtre du Petit Louvre

16 juillet 2016 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Tel le phénix qui naît de la braise et des cendres, l’écrivain et poète Blaise Cendrars (1887-1961) s’est nourri de la fange pour atteindre le sublime. Il a traversé les mers pour arriver à New York, ville furieuse qui le met en rogne mais qui le fait écrire comme un forcené, avant de revenir à Paris, muse inspiratrice. Aussi tendre que brutal, Blaise Cendrars mêle son humanité à une misanthropie extrême, aussi bien amoureux que nerveux, admirateur qu’indigné. Le comédien Charlie Nelson lui rend hommage tous les jours à 14h10 sur la scène du Petit Louvre, dans un seul-en-scène rauque et enflammé pensé par Jacques Nichet.

C’est une des affiches du OFF d’Avignon qui attire le plus l’attention distraite du passant. Sur un fond doré et rouge comme de la braise, se détache Charlie Nelson en poète de l’errance. Il rappelle l’éloge brûlant d’un autre poète, celui de l’italien Giacomo Leopardi au genêt, cette fleur parfumée du Vésuve qui pousse sur le désert provoqué par une éruption. Blaise Cendrars est donc à l’image de ce genêt « que contentent les déserts », arrivant comme un buvard au milieu du nouveau monde, New York, cité dégoûtante qu’il exècre, où il dort et écrit après avoir longuement marché entre les migrants et les bourgeois.

Observateur, ça oui : Blaise Cendrars voit le monde à travers la lucarne de son esprit courroucé. Comme dirait Mirbeau, en voilà un qui « se lève triste et se couche furieux » mais qui, au passage, se laisse imbiber par toute la beauté du monde, la beauté cabossée des choses et l’infinie tendresse de l’amour. L’hommage du metteur en scène Jacques Nichet est rugueux et inspiré, il est évocateur et l’on ressort du spectacle empli d’un sentiment de puissance et de fragilité tout à la fois. Roi des contraires, Blaise Cendrars est une figure aventureuse magnifique ; « amant des lieux tristes et abandonnés du monde, fidèle compagnon des destins accablés » (Leopardi).

Du 7 au 30 juillet, relâche les 12, 19 et 26 juillet. Réservez en ligne ou au 04 32 76 02 79.

Infos pratiques

Théâtre de La Luna
FICEP – Forum des Instituts Culturels Étrangers à Paris
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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