Théâtre

Before your very eyes : regards d’enfants sur le temps

Before your very eyes : regards d’enfants sur le temps

22 novembre 2012 | PAR Ainhoa Jean Calmettes

Le collectif Gob Squad nous invite à une singulière expérience en demandant à sept enfants de 10 à 14 ans de vieillir et mourir sous nos yeux. Une jolie fable, entre rires et larmes, sur les résistances de l’identité au temps qui passe.

Dans une cabine fermée par des miroirs sans tain, sept pré-adolescents bavardent sur les bruits de fond de dessins-animés projetés à la télévision. Nous pouvons les voir mais eux ne savent pas que le public prend peu à peu place dans la salle. Les murs de cet espace étroit leur renvoient à l’infini leur propre image. A mesure que les spectateurs s’installent, ils lancent une partie endiablée de Colin Maillard. Trop vite, ils sont arrêtés par une voix austère et désincarnée : « les enfants, ils sont tous là, on va pouvoir commencer maintenant ». Zoé s’approche du miroir, elle paraît scruter la salle : « Nous pensons beaucoup à la mort en ce moment… ». Une fois de plus, elle se fait couper dans son élan. Là n’est pas l’expérience que la voix a promis. Non, elle veut voir ces enfants vieillir en accéléré : «Grandissez maintenant».

La voix est l’insensible maître du jeu. Comme dans ces fameuses télé-réalités, elle ordonne aux enfants tous leurs faits et gestes. Et ils obéissent aussi docilement que des marionnettes. Le ton plein d’ironie, voire de sadisme rend par moment le spectateur mal à l’aise. Cette voix est pourtant nécessaire. Elle incarne ce temps qui passe, qui presse, et contre lequel on ne peut rien. Ce temps qui ne s’arrête jamais et qui pousse toujours plus vite et toujours plus sûrement vers la tombe. La tentative de désobéissance du plus grand, un instant sorti de la boîte pour prouver sa liberté n’y fera rien. Il finira par rentrer à nouveau dans la boîte. Nous sommes tous condamnés.

Le temps pourtant ne se réduit pas à cette ligne droite orientée vers la mort. L’expérience du temps est multiple et le passé comme le futur s’invitent souvent dans le présent. A l’aide d’un dispositif de caméras installées sur la scène et de projections vidéos des enfants tournées en 2009, Gob Squad matérialise cette démultiplication temporelle sur la scène avec beaucoup d’intelligence. Aux enfants alors de se confronter avec ce qu’ils furent et d’entretenir avec leurs divers moi passés des dialogues illusoires teintés  de colère ou de nostalgie.

Le fil rouge de la pièce, celui de ce temps troué de toute part par l’ombre de la mort, est grave,  mais il n’y a rien de tragique dans cette performance. Bien au contraire. La vitalité des acteurs comme la gaité de leurs danses est un véritable hymne à la vie et ce regard d’enfant porté avec humour sur la condition humaine est plein de tendresse. Les trois âges de la vie représentés sont croqués avec perspicacité et malice. A chaque âge son comportement type ridicule et les multiples activités qui l’accompagnent, réunies dans des listes fourre-tout et décalées. Aux rêves naïfs de l’enfant succèdent la fausse rébellion des jeunes adultes, la crise de la quarantaine et les regrets puérils des personnes âgées. On sort de cette pièce empli d’émotions contradictoires, traversé par une triste euphorie proche de ces bouffées de nostalgie qui peuvent nous saisir au cœur même du bonheur, quand on se rend compte que le merveilleux moment présent ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

 

Visuel : Autorisation Grande Halle de la Villette

 

 

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Ainhoa Jean Calmettes

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