Théâtre
Avignon OFF : Virginie Lemoine à la manœuvre dans La vie est une fête

Avignon OFF : Virginie Lemoine à la manœuvre dans La vie est une fête

26 juillet 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Avec La vie est une fête, Virginie Lemoine se révèle une nouvelle fois une admirable metteuse en scène et une fantastique directrice d’acteurs. Des années 70 à nos jours, nous suivons la vie de Romain, un homme pas si ordinaire qui cherche sa voie dans une France chahutée par bien des événements.

Des talents certains…

Virginie Lemoine est devenue au fil des festivals une figure importante du OFF. On se souvient en 2019 du succès de son adaptation du premier tome de Suite Française d’Irène Némirovsky. Pour cette histoire de séducteur nazi, elle maniait l’équivoque avec brio. Ses comédiens étaient extraordinaires. Florence Pernel était épatante dans son rôle de femme mal aimée, Guilaine Londez merveilleusement cocasse, Emmanuelle Bougerol hilarante et émouvante, Samuel Glaumé frôlait la perfection tandis que Béatrice Agenin, immense comédienne, illuminait la pièce.

Virginie Lemoine revient cette année avec une pièce de Lilian Lloyd. Si le talent immense est là et si le plaisir du spectateur est encore au rendez-vous, la pièce, construite de poncifs secrètement moralisateurs, ne sait reproduire l’aigre-doux de la duplicité des sentiments que nous applaudissions dans « suite française ». L’histoire est simple, les dialogues sont affinés. Lilian Lloyd y croque la réalité avec sensibilité. L’émotion souvent facile est construite autour de motifs littéraires efficaces et connus. Le plaisir du spectateur reste dans le jeu merveilleux des acteurs. Julien Alluguette habite la pièce de bout en bout. Ariane Brousse impressionne, elle est lumineuse. Benjamin Tholozan et Alexis Victor sont parfaits tandis que Valérie Zaccomer bouleverse dans ses deux rôles.

… au service d’une pièce moins admirable

Mais dommage ! « La vie est une fête » est un empilement de fausses croyances imaginées et défendues par les homophobes et les partisans des thérapies de conversion. La pièce ressemblerait parfois à une docu-fiction d’enseignement pour mormons. On apprend qu’on serait homosexuel par choix, que le fils homosexuel sait être hétérosexuel, mais sera cueilli par un vieil homo à la prostate  fatiguée. Autre stéréotype homophobe, le héros est « pédé » car il se serait féminisé, pris en tenaille entre une mère dépressive, mal-aimante et un père faible et maladroit. Le final où l’espoir renaît par un enfant que le héros conçoit avec une femme, (aujourd’hui où les homosexuels se battent pour la PMA et la GPA on s’attriste de comprendre où l’auteur veut en venir avec sa solution) mais où, futur père christique, celui-ci montera au ciel lavé (?) de son péché d’homosexualité, termine de nous dévoiler l’inconscient torturé de l’auteur. 

Il n’empêche. En 2022, la plupart sait bien que si on est homosexuel c’est pour une seule raison : parce que. La pièce joyeuse reste à voir pour le talent rare de ses comédiens et pour l’art de Virginie Lemoine.

Théâtre Actuel Avignon

Du 7 au 30 juillet à 13h40

Durée 1h15

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Visuel : Affiche

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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