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Avignon Off : « Un songe d’une nuit d’été, Shakespeare / Purcell », Obéron joue les trublions à la chapelle des Templiers

Avignon Off : « Un songe d’une nuit d’été, Shakespeare / Purcell », Obéron joue les trublions à la chapelle des Templiers

24 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Résumer l’œuvre de Shakespeare en une heure et demie, en voilà une idée saugrenue, mais diablement efficace ! Ainsi adapté et mis en scène par Antoine Herbez, Un songe d’une nuit d’été, Shakespeare / Purcell nous livre une vision dynamique et enchanteresse de la pièce du dramaturge anglais, dont Henry Purcell a conçu la musique.

 

De cette comédie de Shakespeare, Antoine Herbez n’a gardé que les passages concernant les jeux de l’amour. L’histoire gagne ainsi en rythme et le jeu des comédiens en énergie.

La solennité du début contraste avec la légèreté de la pièce. La voix off du père d’Hermia résonne en effet dans la salle, tel un commandement divin, lui intimant l’ordre de choisir entre la mort et Démétrius… en vain. Lysandre a déjà dérobé son cœur et la jeune femme a oublié l’obéissance qu’elle devait à son père. Afin d’éviter de subir son courroux, ils décident de profiter de la nuit pour s’enfuir à travers les bois, sans se douter du sort qui leur serait réservé.

Poursuivis par Démétrius, qui brûle de désir pour Hermia, et par Héléna, qui se consume d’amour pour ce dernier, leurs sentiments pourraient être mis à rude épreuve…

Comme le cœur des hommes peut être inconstant ! Aussi changeant que l’humeur de Titania et d’Obéron ! Leurs querelles de couple sèment le chaos sur leur chemin et notre quatuor amoureux, errant dans la forêt enchantée, risque fort de se trouver sur leur trajectoire.

Mais ne vous y trompez pas. Ce n’est pas Titania qui tire les ficelles, elle n’est qu’une victime parmi les autres, contrairement à ce qu’elle croit. Le seul véritable maître du jeu et chef d’orchestre de cette joyeuse pagaille est Obéron. Il est en cela bien secondé par Puck. Avec cet elfe, on ne sait jamais si les bêtises qu’il commet sont à dessein ou involontaires. Mais en tout cas, leurs conséquences sont toujours catastrophiques et nos quatre amants vont en faire les frais.

D’une simple fuite en amoureux, les voilà qui se livrent à une course-poursuite effrénée dans les bois, entrecoupée de joyeuses mêlées où les coups et les cascades pleuvent. Les trois structures creuses mobiles aux parois polies, sont elles aussi entraînées dans leur folle course, leur offrant par moment un refuge pour se dérober aux regards des uns et des autres.

Théâtre, musique, chant, danse et cascade s’enchaînent ainsi à un rythme endiablé. Les comédiens passent du chant à la parole avec une aisance à la fois déconcertante et ravissante.

Les passages chantés en anglais, issus du semi-opéra baroque d’Henry Purcell The Fairy Queen, offrent quelques moments de respiration à la pièce et soulignent son aspect comique. N’a-t-on jamais vu d’orchestre plus étrange ? Celui-ci est en effet constitué uniquement de fées, dont les habits sont à l’image des saisons. Ainsi, nous voyons virevolter sur scène Toile d’araignée et son violon, Graine de moutarde et son violoncelle, ainsi que Papillon avec sa guitare et son théorbe.

Les costumes sont splendides et contrebalancent le côté épuré du décor. Par contre, rien n’indique que l’histoire se déroule dans la Grèce antique. Au contraire, les costumes baroques et l’univers féerique évoquent plutôt l’Angleterre élisabéthaine.

Mais cela n’a aucune importance tant nous sommes transportés par la beauté des costumes, la justesse des voix, la musique baroque et l’espièglerie de la pièce, le tout servi par des comédiens aux multiples talents.

Informations pratiques :

Un songe d’une nuit d’été, Shakespeare / Purcell, mise en scène et adaptation d’Antoine Herbez, présenté dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018, relâche le 18 juillet, à 16 heures 05, au théâtre du Petit Louvre, dans la chapelle des Templiers. Durée : 1 heure 30.

Visuel : © Affiche officielle

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Infos pratiques

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FICEP – Forum des Instituts Culturels Étrangers à Paris
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

One thought on “Avignon Off : « Un songe d’une nuit d’été, Shakespeare / Purcell », Obéron joue les trublions à la chapelle des Templiers”

Commentaire(s)

  • Un très beau spectacle, sublimé par une mise en scène et des costumes de toute beauté !

    août 8, 2018 at 14 h 17 min

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