Théâtre

[Avignon Off] « La Vie sans fards », récit entraînant d’une existence par Eva Doumbia

[Avignon Off] « La Vie sans fards », récit entraînant d’une existence par Eva Doumbia

13 juillet 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Pour « parler » de Maryse Condé, auteure guadeloupéenne à la vie mouvementée, lancée à la découverte de ses origines, la metteuse en scène Eva Doumbia imagine un récit qui, occasionnellement, s’invite dans la salle. Ses atouts : la talentueuse Astrid Bayiha, une destinée fascinante à narrer, et l’art de donner au geste une importance étonnante.

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La Vie sans fardsLorsqu’on entre dans la salle de la Chapelle du Verbe Incarné, les interprètes nous saluent. Ils sont quatre sur le plateau. Pleinement éclairés. Peu de temps après, ils nous inviteront à écouter leur récit. Rythmé par trois musiciens, placés sur le côté. A certains moments, les acteurs quitteront la scène et passeront côté public. Ou l’inverse.

Le but d’Eva Doumbia semble être d’immerger le public dans une vie. Qu’il reçoive des impressions musicales, physiques… Quelle chance : cette existence est celle de Maryse Condé, auteure mise à l’honneur cette année à la Chapelle du Verbe Incarné. Antillaise ayant étudié en France, elle vivra longtemps en Afrique, passant d’une Guinée au régime dur, au Ghana bien plus libéré, prenant des coups, ayant beaucoup d’enfants et finissant par se découvrir une vocation d’écrivain. Son histoire passionne car on en vient à la suivre dans ses interrogations. A se questionner à notre tour sur l’Afrique, les Antilles, ce qui les sépare, ce qui pourrait les rassembler.

L’équipe réunie nous aide, bien entendu. Le destin de Maryse est conté par la talentueuse Astrid Bayiha, qui passe en un éclair du récit frontal à la scène de théâtre pure. Autour d’elle, Becky Beh Mpala chante, prodiguant des atmosphères précieuses. Et deux autres comédiennes sont là : Edith Mériau et Carline Colagène. Qui composent, autour de Maryse, des images, à l’aide d’objets qu’elles déplacent ou avec leurs corps. Au début, leur présence étonne. Elles paraissent peu actives. Et vite, on se rend compte que leur rôle est de faire acquérir au geste de la force. Leurs actions n’en sont que plus marquantes, et plus belles. On se sent entouré par un espace de jeu, qui emporte.

On regrette que le spectacle ne soit pas plus long. Une heure cinq, c’est assez pour le récit. Mais pas pour que les procédés se déploient entièrement. On aimerait demeurer plus longtemps dans cet univers où la vie valse autour de Maryse. Continuer à regarder ces gestes, en apparences anodins… Un spectacle, en tout cas, qui questionne. Et ça fait du bien. Les dates en Avignon sont presque comptées : courez-y, avant que cette vie ne s’envole.

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

 Visuel : © Compagnie La Part du pauvre

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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